Vendredi 6 mai 2011 5 06 /05 /Mai /2011 15:55

J’ai eu trois fois vraiment honte de mon comportement dans la vie au point que je m’en souvienne. D’autres fois sûrement mais je n’en ai quasiment aucun souvenir. Le péché qui déclenchait ma honte devait être de l’ordre des péchés véniels ou en tout cas je me suis pardonné sans problème.

 

Mais ces trois là ne passent pas. Et s’ils ne passent pas c’est que la honte que j’éprouve a été causée par des compromissions qui finalement pour moi sont pires que des péchés : des fautes. Et je dis bien compromissions, pas compromis.

 

La première fois, ce fut à l’occasion de l’oral de 3éme année de médecine. J’avais fait un excellent écrit et l’enjeu était le classement pour l’externat.

Or j’étais Président de l’UGEM-UNEF de Montpellier et Secrétaire de Ville de l’UEC. Cela n’aurait pas du avoir une incidence sur un classement universitaire dans une démocratie moderne et dynamique. Mais je me méfiais et je voulais mettre toutes les chances de mon côté. Les conseils ne manquaient pas de la part de mes proches. Pour le travail universitaire on parlait d’emploi du temps, de repos nécessaire, de planches à revoir en dernière minute etc…

 Et puis il y avait le look, l’aspect extérieur quoi. Et il est vrai que je ne m’en préoccupais pas beaucoup à ce moment-là si tant est que je m’en sois jamais préoccupé. De plus (les photographies d’époque le montrent abondamment) je ressemblais à s’y méprendre au terroriste Carlos. J’étais abondamment barbu et noir de poil. Et, me dit-on, le jury n’aimait pas les barbus. Il fallait que je me rase. Eh bien, croyez-le ou pas, je me suis rasé. Et c’est la peau lisse que je me suis présenté à l’oral de 3éme année, et que je me suis retrouvé 3éme sur la liste d’attente. A deux ou trois centièmes de point. Collé quoi ! Et quelques jours plus tard un professeur d’université me suggérait, si je voulais « passer les concours », de changer de fac, car ici je serais toujours sur la liste d’attente. C’est aussi la peau lisse que j’ai retrouvé ma doudou sur un quai de gare, où elle ne m’a pas reconnu. Je n’ai plus jamais touché un rasoir de ma vie.

 

La deuxième fois, j’étais un gynécologue-accoucheur confirmé, installé, auteur de plusieurs ouvrages sur la spécialité, directeur de l’enseignement d’un diplôme que j’avais créé à l’Université de Perpignan ; j’avais organisé un Congrès et une série de colloques sur les pratiques de ma profession, j’étais membre du Collège National de ma spécialité, je pratiquais mon art d’une manière originale et je publiais régulièrement mes travaux dans des revues professionnelles. Je pouvais aligner plus d’une centaine de publications duverses.

Il me vint à l’oreille que, pour mettre en exergue des médecins non universitaires qui apportaient du nouveau dans le profession, le bureau européen de GO organisait un concours dit d’excellence européenne.

Bien que j’eusse dû me méfier, je cédai à la tentation de la gloriole et je m’inscrivis au concours. Pré-admission, admissibilité se passèrent sans problème. Le jour du concours venu, j’appris avec plaisir qu’un de mes amis proches, universitaire de haut niveau, siégeait au jury.

Je me présentai donc et développai ma théorie sur le fonctionnement du bassin au cours de l’accouchement, théorie complètement originale et susceptible de renouveler la vision de la pratique obstétricale. Au deuxième passage, je développai ma théorie de la maladie gravidique, terme que j’avais créé plusieurs années auparavant pour rendre compte des problèmes posés par la pré éclampsie en relation avec d’autres pathologies comme le diabète gestationnel et la MAP.

Le seul candidat pour lequel le jury délibéra ce fut moi. Il y eut 2 votes, dont le dernier à bulletin secret, pour finalement me recaler sur le motif suivant mis en avant par un des membres du jury :  « si on lui donne cette excellence, que va-t-il en faire ? » Je le sais parce que mon ami membre du jury me l’a dit.

 

La troisième fois est plus récente. Elle est d’ailleurs liée à l’existence de ce blog. Elle est aussi liée à l’activité que je déploie depuis 2 ans en pays Afar pour contribuer à aider mes ais en responsabilité là-bas à enrayer l’effroyable morbi-mortalité maternelle et infantile. Pour mener à bien cette « mission », j’ai non seulement payé de ma personne et de ma poche, j’ai sollicité mes amis proches, j’ai constitué un collectif d’associations qui a bénéficié d’une certaine adhésion, d’aides à l’organisation et même d’aides financières. Et puis bien sûr, j’ai tenté de solliciter des partenaires potentiels, fondations et ONG œuvrant dans le domaine de la médecine humanitaire. C’est alors qu’un de mes proches, au fait de mes écrits et billets d’humeur sur mon blog, me conseilla vivement de gommer tout ce qui pouvait avoir une connotation politique ( et il y en avait…) car cela pouvait avoir un effet négatif sur les décisions des partenaires sollicités. Et croyez le ou pas, je l’ai fait. J’ai accepté de castrer mon image numérique pour qu’elle reflète du lisse, du convenable, du non-barbu, du non-terroriste.

Résultat : après deux ans d’activité en pays afar, j’ai installé un hôpital dont le niveau technologique est probablement un des plus élevés d’Éthiopie, j’ai organisé un réseau de soins en formant plus de 200 soignantes traditionnelles, et commencé à distribuer des médicaments essentiels à la prévention de la morbi-mortalité maternelle. Mais des organisations contactées, en dehors de félicitations convenues, je n’ai pas reçu la moindre aide, ni bien sûr le moindre fifrelin. Les ONG humanitaires françaises sont bien ce que je subodorais : des agences de voyage pour un cercle d’amis et connaissances cooptés, les fondations et organismes internationaux des institutions destinées à dépenser au mieux de leurs intérêts des budgets probablement pas très extensibles.

Seule l’ambassade de France en Éthiopie fait exception notable. Et je ne saurais trop en rendre grâce à SE J-C Belliard dont l’appréciation positive de notre travail, le soutien constant et l’aide y compris financière, ont été un élément déterminant du succès de cette entreprise.

 

Alors RAS LE BOL !

 

Je vais certes continuer à aider mes amis afars, avec le seul soutien de mes amis catalans, des associations partenaires, et des afars qui se mobilisent sur place, mais je vais revenir à mon blog, je vais reprendre ma liberté de parole, ma liberté de ton.

Ainsi ceux qui ne nous ont pas aidés auront un prétexte valable (que va-t-il en faire ????) pour continuer à faire la sourde oreile à nos demandes,  et ceux qui me connaissent et m’ont apporté leur soutien ne seront pas plus surpris.

 

Gràcies à tots i fins una altra.

 

El Sirachaire.

Par el sirachaire - Publié dans : Billet d'humeur
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