mission en pays Afar

Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 08:29

Dr Claude-Émile Tourné[2]

 

Il me semble d’abord nécessaire de définir ce que sont pour moi les solidarités ; ou a tout le moins ce que j’entends par ce mot., le sens que j’y mets.

Je rappelle que chaque mot a dans le langage une signification, produit d’une évolution historique,  fixée et déterminée par les dictionnaires ou les ouvrages savants.

Pour celui qui nous occupe, et pour un colloque organisé dans le cadre d’une faculté de droit, sa signification juridique est claire et sera exposée par d’autres[3]. Ceci est indispensable quand on veut réfléchir sur un thème comme celui-là car la signification est et demeure inconsciente. Quand on utilise ce mot, il acquiert un sens. C’est sous cette forme qu’il émerge à la conscience. Ce sens est propre à chacun dans le moment et dans le lieu. Il est variable et peut être modifié d’une minute à l’autre en fonction des conditions objectives, mais aussi des conditions subjectives liées aux apports extérieurs qui modifient l’état éducatif. C’est le propre d’un colloque que de modifier l’état éducatif de ses participants. Au moment où il prend la parole, c’est le sens dans ce moment et dans ce lieu, que l’intervenant cherche à faire partager. [4]

 

La solidarité, c’est ce qui vient en contraste avec la charité.

 

La charité induit la notion de déséquilibre entre le donateur et le receveur. Ce dernier est en situation de dette immédiate et insoluble. Elle implique que le receveur soit demandeur de charité : son prototype est le mendiant.

Dans nos sociétés, ce comportement est lié à la rédemption possible du péché de richesse (cf. les évangiles : le chas d’une aiguille et le chameau) dont il est un mode de réalisation. Il peut même être érigé en « pilier » pour l’Islam. Dans ce dernier cas, il est plus impersonnel.

Les actions humanitaires s’inscrivent dans cette logique de la charité. Leur intégration dans les processus de rédemption collective du péché de pillage des ressources du tiers-monde, passées et présentes, (et qui continuent à assurer le niveau de vie des nations « développées ») est assurée par des mesures incitatives. La société les reconnaît et les indemnise par des mesures fiscales adaptées (articles 200 et 238 bis du CGE).[5]

Ainsi définie, la charité induit de la part du receveur une « dette » impossible à rembourser qui se transforme tôt ou tard en haine féroce.

 

La solidarité concerne des sujets à égalité dans l’échange. Le fait que certains aient plus de possibilités que d’autres n’entraîne pas de disparité. C’est la notion de citoyenneté sous-jacente qui emporte le sens de la solidarité.

Dans une communauté humaine, c’est la mise en commun de ressources actuelles en prévision de difficultés à surmonter, individuellement ou collectivement.

Elle a fait ses preuves dans l’organisation des « Sociétés de Secours Mutuel » ayant conduit à la fondation des Mutuelles avant leur destruction par la loi de 1992 qui les met en concurrence avec des assurances privées qui n’ont plus de mutuelles que le nom.

Notre Roussillonnaise en est un exemple pertinent et sa désorganisation progressive d’Union de Sociétés Mutualistes en  « entreprise » lui a fait perdre son âme. Médéric-Malakoff est un exemple parfait a contrario. N’ayant de mutuelle que le nom, cette société bénéficie de la situation spéciale de son PDG (qui s’appelle Sarkozy…) pour rafler les marchés de l’assurance complémentaire santé dans les collectivités territoriales.

Sur l’origine des Mutuelles voir « Germinal » de Zola.

Dans la grande communauté humaine mondiale, c’est la mise à disposition par les communautés les plus avancées de ressources matérielles et humaines destinées à permettre aux plus démunis de rattraper leur retard de développement.

À mettre en relation avec la pratique immémoriale du potlatch, retrouvée dans la plupart des civilisations non polluées par l’idéologie dite judéo-chrétienne. C’est un système de dons/contre-dons dans le cadre d'échanges non marchands.

 

Les nouvelles solidarités doivent prendre en compte ces éléments.

 

Notre action en pays Afar et ses enseignements actuels :

 

L’origine : il s’agissait d’une simple mission d’expertise dans le cadre d’une action contre les Mutilations Génitales Féminines menée par l’Association Femmes Solidaires[6]. 

 

La localisation géographique :c’est la zone 5 de l’État Régional Afar en République d’Ethiopie.

 

Le point de départ :

-       Une rencontre « inopinée » avec des responsables locaux et échange sur une situation considérée comme « critique » par ces responsables.

Il s’agissait de l’effroyable mortalité maternelle et infantile dans le pays Afar Éthiopien. Elle aboutit à constater dans les évaluations démographiques qu’il manque UNE FEMME SUR QUATRE au moment des comptages.

-       Une demande d’aide pour remédier à cette situation.

 

Élaboration d’un projet prenant en compte le but (lutter contre les Mutilations Génitales Féminines) et les moyens basés sur le principe de solidarité

Plutôt que de « faire la morale », mettre en place les moyens de lutte contre les autres causes de morbidité et mortalité pour faire apparaître la responsabilité des MGF dans la morbidité et la mortalité maternelles, pour en faire prendre conscience sur place et aboutir à leur abandon.

 

Évaluation en commun de la situation et des possibilités de solutions.

Un bâtiment à visée hospitalière venait d’être parachuté dans ce désert à plus de 150 km de la première route asphaltée, sans budget pour le matériel ni pour le personnel, sans eau ni électricité. Aucun soignant afar de quelque niveau de formation que ce soit.

 

Mise en route des actions permettant de réunir les éléments matériels de la solution.

Création d’un collectif d’associations [7]pour la logistique et l’organisation.

Collecte de matériel médico-chirurgical réformé et reconditionné auprès de cliniques et d’hôpitaux partenaires[8]. Empotage et expédition d’un conteneur de 33 m3.

 

Mise en place de ces éléments matériels en collaboration étroite et co-responsable avec les autorités locales

Installation du matériel dans les locaux préalablement nettoyés et maintenus propres.

 

Evaluation des besoins induits, essentiellement humains mais aussi techniques, par cette mise en place afin d’en réaliser la mise en œuvre.

Formation de personnel de maintenance. Plan de mise en place de l’adduction d’eau et d’électrification (avec des partenaires comme Électriciens Sans Frontières). Organisation d’un réseau de soins périnataux pour la distribution de médicaments et la surveillance des grossesses.

 

Evaluation des possibilités locales en ressources humaines et matérielles.

Dans un contexte d’absence totale de soignants (accès à l’école de cette population depuis une quinzaine d’années au maximum) on décide de s’appuyer sur les sages-femmes traditionnelles (ullat-inas). Les autorités sont invitées à participer aux décisions et à mettre en œuvre une part qui leur est dévolue.

 

Formation des personnels nécessaires

Formation de base des sages-femmes traditionnelles (ullat-inàs). Organisation pyramidale du réseau de soins. Formation d’un échographiste et d’un responsable global du projet, tous deux afars francophones d’origine djiboutienne.

 

Création de structures associatives, engagement des autorités locales dans les actions y compris le financement.

L’association locale ACISDA prend en charge la maîtrise d’ouvrage de l’ensemble. Le gouvernement de la zone 5 et celui de l’État Régional afar sont sollicités et s’engagent y compris financièrement.  Le Comité Interafricain contre les MGF donne son aval. L’ambassade de France donne son soutien.

 

Au bout du compte, il s’agit d’aboutir à l’« autorisation » objective des acteurs locaux qui se mobilisent et se vivent comme « auteurs » de ces actions, la solidarité extérieure ne conservant  que sa valeur d’appoint (même si elle était absolument déterminante en tout ou en partie).[9]

 

Enfin, il me paraît intéressant, dans ce contexte, de dire un mot sur la notion d’espaces francophones.

Les espaces francophones doivent être pris en compte non pas seulement comme des « territoires de chasse » particulièrement attractifs pour les actions de solidarité du fait de la facilité linguistique. Et surtout pas seulement comme des lieux de rédemption des péchés coloniaux et néo-coloniaux induisant forcément la charité et pas la solidarité.

Ils doivent être valorisés comme des espaces de diffusion d’une culture dont la philosophie des Lumières est le fondement et la langue française le véhicule. Ils doivent être protégés et amplifiés.

À côté des espaces francophones historiquement constitués, il y a donc des « espaces francophones » potentiels. Le pays Afar en est un. Dans cet espace, la demande est implicite. Elle repose sur des données historiques plus ou moins conscientes à partir de l’expérience djiboutienne à l’origine des seules élites instruites que possède le peuple Afar. À ce jour, les seuls Afars ayant accédé à une instruction puis à des études jusqu’au plus haut niveau l’ont fait en langue française (langue officielle du Territoire Français des Afars et des Issas, puis de la République de Djibouti). L’unité profonde du peuple Afar (malgré la partition de son territoire entre 3 entités étatiques) les pousse objectivement vers la langue française. 

 

Encore faut-il adopter de ce point de vue une attitude offensive face au tout-anglais, au globish-business imposé par les financiers de la mondialisation états-unienne dans le monde entier. Et en particulier en Éthiopie où l’anglais est obligatoire dans l’enseignement aux côtés de l’amharique (langue officielle) et des langues régionales.

Encore faut-il garder déjà notre pays comme espace francophone privilégié. Le français y est en effet menacé par les politiques publiques de vassalisation systématique à l’empire états-unien et à ses alliés anglo-saxons. Or il nous semble que c’est un vrai combat de civilisation qui se joue dans cette bataille.[10]

Et l’expérience actuelle montre que c’est combat difficile, mené par quelques associations maltraitées par les médias. [11]

 

Et à l’extérieur, insister pour que le français, langue officielle de l’ONU à égalité avec l’anglais dès l’origine, soit toujours utilisé sans concession à l’anglais ou à aucune autre langue, où que ce soit, particulièrement par les diplomates, scientifiques, commerçants, ou autres, ambassadeurs de facto de la France, et ipso factoambassadeurs de la langue française.

 



[1] COLLOQUE INTERNATIONAL « SOLIDARITÉS, VIVRE ENSEMBLE DANS LES ESPACES FRANCOPHONES » Perpignan Vendredi 16 Décembre 2011

[2] Gynécologue-Obstétricien (e.r.), ex-directeur du DU Naissance et Société. Université de Perpignan 1991-2000. Président du Collectif d’Associations Mieux Naître en Afrique.

[3] Voir infra intervention d’Aldo Rizzi

[4] C-E Tourné – Le Naître Humain, cette Naissance qui vient à l’homme. L’Harmattan 1999 p.11 et suivantes

[5] C-E Tourné – Action humanitaire et solidarité, ce n’est pas le même combat - http://el-sirachaire.over-blog.com

[6] www.femmes-solidaires.org/

[7] Mieux Naître en Afrique réunissant ADER Mieux Naître en Catalogne Nord, Amitié Solidarité Afrique, Comité Départemental Femmes Solidaires 66, Club Soroptimist 66 et Entraide des Afars en France

[8] Cliniques La Roussillonnaise et Saint Pierre, hôpitaux Annecy, Tenon, Centre de pneumologie…

[9] pour plus d’informations ibidem note 3

[10] C-E Tourné A propos de la théorie du « genre » ibidem note 3

[11] http://www.courriel-languefrancaise.org/

Par el sirachaire - Publié dans : mission en pays Afar
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Vendredi 6 mai 2011 5 06 /05 /Mai /2011 16:30

 

Il est relativement banal de ressentir vis-à-vis des organisations dites « humanitaires » des réticences entretenues régulièrement par la révélation d’une authentique gabegie dans leur gestion quand ce n’est pas d’authentiques détournements de fonds. Il s’ensuit des attitudes habituelles de ne pas soutenir les projets  humanitaires, sauf dans certains cadres très précis où une implication personnelle est en jeu.

 

Sur cette remarque très pertinente, j’ai commencé à colliger des éléments pour une publication sur le thème : action humanitaire et solidarité, ce n’est pas le même combat.

N’ayant pas le temps de mener à bien ce travail dans des délais raisonnables, je souhaiterais cependant en tisser les grandes lignes.

 

En effet, je suis, en ce qui me concerne, internationaliste et solidaire, mais en aucun cas ni humanitaire ni charitable.

 

« Au sens premier, l’adjectif « humanitaire » désigne toute action, ou toute institution qui vise au bien de l’humanité. Cette définition possède une dimension morale qu’on retrouve dans l’idée de philanthropie souvent associée à celle de l’humanitarisme. Le philanthrope est en effet celui qui, par amour (philos) de l’humanité (anthropos), va œuvrer pour le bien de son prochain.
Dans un sens plus moderne, on appelle action humanitaire l’ensemble des initiatives prises par une association pour secourir une population ayant besoin d’une aide d’urgence, aide fortement médicalisée, et survenant à la suite d’un conflit ou d’une catastrophe naturelle (épidémie, famine, tremblement de terre etc.). »[1]

 

« L’action humanitaire est aujourd’hui paradoxale. Prétendant "défendre tout individu, à tout moment et à tout endroit de la planète", elle peut s’entendre comme l’aboutissement de la lutte pour les droits de l’homme. Mais, en même temps, elle pervertit le combat pour les droits de l’homme en ceci qu’elle se propose de fait comme un substitut à l’action (du)politique. » [2]

J’ai fait l’expérience de l’action « humanitaire » dès mon arrêt d’activité avec l’équipe de « Amitié Solidarité Afrique » en Côte d’Ivoire. Ce fut vite réglé pour moi. Cette action, destinée à compenser des manques « ponctuels » dans une population certes en manque de ces choses que nous considérons comme importantes (vélo, téléphone portable, machine à laver, chaussure Nike etc…), mais surtout soumise à un bombardement idéologique visant à faire porter la responsabilité de ses malheurs au colonialisme (ce qui n’est pas faux) et par extension à tout blanc qui passe et qui, quoi qu’il fasse n’en fera jamais assez puisqu’il est co-responsable de tout, et cela par une bourgeoisie locale qui a remplacé l’administration coloniale poste pour poste et qui vit des prébendes des multinationales qui continuent à mettre le pays en coupe réglée.  Donc exigences, racisme au niveau individuel et collectif pour ce qui concerne l’attitude des autorités locales et des citoyens rencontrés, exploitation éhontée et gaspillage des ressources par les multinationales qui entretiennent la bourgeoisie néo-coloniale qui a remplacé poste pour poste les anciens représentants de l’État colonial. Dans une commune de 7000 habitants où l’immense majorité de la population vit dans la précarité tant pour le logement que pour la subsistance quotidienne, le maire se promène dans une Mercédes haut de gamme avec chauffeur et garde du corps et la télévision dans sa  voiture. Au sous-sol de sa villa, il a fait installer une véritable boîte de nuit.

Quant aux populations rencontrées, leurs demandes, voire leurs exigences portent sur des chaussures de marque (Nike ou rien…) des shorts et des maillots de sport , de marque aussi… Elles sont abreuvées de publicités pour les téléphones portables que chacun porte quasiment greffé à l’oreille comme chez nous.

Et en ce qui concerne ce qui pourrait amener une vraie transformation dans le bon sens, disqualification du « blanc » de toute capacité à amener une expertise. Exemple le plus marquant : à la proposition de travailler sur la prévention du SIDA cette réponse : Il n’y a pas de SIDA en Côte d’Ivoire ! Fermez le ban.

Dans ce contexte, j’ai mis un terme à cette expérience aussitôt que réalisée.

 

Car en regard, les sociétés comme la nôtre, dont la splendeur passée et, même si c’est à un degré moindre, actuelle, a eu comme base le pillage des pays colonisés, ont institué l’action humanitaire comme un exutoire, une tentative de catharsis individuelle et collective pour exorciser une culpabilité, conséquence des informations quotidiennement rapportées par un système médiatique omniprésent. L’étalage des misères dudit Tiers Monde est cependant à double tranchant. D’un côté, et c’est sa finalité première, il est là pour rappeler aux revendicateurs de tout poil que si on regarde à côté, on n’est pas si malheureux que cela. De l’autre, il met en évidence des disparités qu’un peu de réflexion arrive à rendre inacceptable.

Du haut en bas de l’échelle, les conséquences sont diverses et diverses les attitudes qui en découlent.

En haut, les sociétés nationales et multinationales qui ont fait leur fortune sur le pillage des ressources des pays colonisés continuent efficacement ce pillage sous une appellation modifiée. Les États qu’elles dirigent par gouvernements interposés ont substitué à la colonisation une forme d’exploitation connue sous le vocable de néo-colonisation. Des gouvernements alternatifs ont été mis en place dans des États d’abord associés (Union Française p.ex.) puis « indépendants » au moins au niveau institutionnel et formel. La colonisation a été remplacée par la coopération. Les ministères ad hoc se sont succédé avec les appellations adéquates. Les politiques ont évolué dans le sens d’une meilleure circulation internationale des capitaux et des marchandises pour donner aux flux issus du pillage de nouvelles dimensions : pratiques d’abord en substituant, aux compagnies nationales agissant dans le cadre de la colonisation, des compagnies multinationales agissant dans le cadre du commerce international. Les cadres institutionnels ont changé aussi jusqu’à l’institution de l’OMC, des protocoles comme Doha etc… qui organisent le pillage par la mise en place de marchés où les matières premières ne sont plus traitées que sous la forme d’équivalent monétaire. Il en est ainsi du pétrole (la mieux connu), de l’uranium, du nickel, du fer, du cuivre… mais aussi du cacao (Côte d’Ivoire), du blé (Russie), du riz, du sucre …

Les communautés vivant dans les pays dits « développés » continuent à profiter de la manne financière ainsi créée. Leurs États (qui s’auto-proclament dans le dernière période « communauté internationale ») se sont institués gardiens de cette manne par l’intermédiaire de leurs forces armées prêtes à toutes les interventions chaque fois qu’un peuple pourrait récupérer ses richesses et les utiliser au profit de son développement : Indonésie, Viet-Nam, Chili, Angola, Irak ont chacun payé et payent encore un lourd tribut dans les cadres spécifiques de la Françafrique, de l’OTAN, de l’OTASE. Aujourd’hui, c’est l’ONU qui est mobilisée pour couvrir ces différentes interventions dont la visée est toujours la même : empêcher quiconque n’est pas du bon côté de la table de venir se servir dans le pot de confiture (Afghanistan, Côte d’Ivoire, Tchad, Centrafrique, actuellement Lybie …).

Notons, même si ce n’est pas notre propos, que c’est de plus en plus difficile. Car la recherche du profit maximum a fait désertifier les foyers nationaux de leurs industries au profit de foyers nationaux anciennement colonisés et maintenus dans un état de sous-développement propre au pillage de leurs richesses et à la fourniture d’une main d’œuvre à bas coût. Mais de ce fait, et en tenant compte des indispensables transferts de technologie, ils deviennent des concurrents économiques redoutables, et donc des concurrents politiques potentiellement aussi redoutables (Chine, Inde, Brésil).

D’autre part dans de nombreuses parties du monde le gendarme  perd de son efficacité lorsque les peuples arrivent à se faufiler vers la prise du pouvoir (Cuba bien sûr, mais à sa suite, Venezuela, Bolivie, Colombie, Equateur, Nicaragua, et à un degré moindre Brésil, Argentine, Uruguay…).

C’est dans ce contexte politique, économique et idéologique que se développe l’action dite humanitaire.

Elle est aidée par les idéologies dominantes de base dans les pays « riches » dont le socle religieux a servi de tout temps à juguler les revendications sociales.

Dolorisme d’une part : celui qui souffre sera sauvé, il sera plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au royaume de Dieu etc…

Charité de l’autre : donner aux pauvres quand on est riche augmente les chances d’entrer au royaume de Dieu. En attendant on peut continuer à se goberger au contact de la misère tout en lui en reversant les rogatons de son repas.

Et cela va aujourd’hui jusqu’aux multimilliardaires Gates et Buffet qui donnent la moitié de leur fortune « aux pauvres » à travers leurs fondations humanitaires. Ils donnent ainsi certes quelques milliards de dollars, mais ils en conservent autant.

Ces fondations, et les organisations qu’elles alimentent, dénommées ONG (Organisations Non Gouvernementales), fonctionnent ainsi comme des institutions para-étatiques. Car si elles sont non-gouvernementales, elles bénéficient pour leurs donateurs de mesures fiscales incitatrices, c’est-à-dire d’un financement étatique masqué.

C’est vrai pour les particuliers qui peuvent (en France) déduire de leur impôt les 2/3 de leurs dons (dans la limite de 1/5), sauf s’ils sont assujettis à l’ISF où la déduction est de 75 % dans la limite de 50.000 €. Et pour les sociétés, elles peuvent donner 5/1000 de leur chiffre d’affaires et déduire 60 % de leur impôt société.

Pour le particulier le moins fortuné donc, 1/3 est donné par lui, 2/3 par l’État. Pour le plus fortuné (minimum 790.000 € de patrimoine) qui aurait 4 M€ taxés, et donne 66 000 €, il n’en paie que 16.000, et 50.000 pour l’État. Si c’est une entreprise, c’est l’État qui paie tout quel que soit le montant donné (exemple une société avec 100 M € de chiffre d’affaires peut donner 50.000 € sans que cela ne lui coûte rien).

Du coup, les relations entre les grandes ONG et les États sont en fait étroites et elles interviennent rarement sans tenir compte des impératifs de la politique gouvernementale.

Les fonds gérés par les ONG « humanitaires » en France se montent à environ 700 millions d’euros.

 

J’ai dit plus haut que la pratique néocoloniale perdure localement grâce à une idéologie dominante médiatisée qui rend l’ancienne colonisation, par extension l’ancien colonisateur, et par extension toute personne à la peau blanche, coupable de tout.

Mias ce n’est pas partout pareil.

En ce qui concerne le pays Afar les choses sont radicalement différentes. Il s’agit d’un peuple millénaire, ayant langue et culture (orales jusqu’il y a 30 ans), dont le territoire est partagé entre 3 États (Erythrée, Djibouti et Ethiopie) et qui subit un véritable génocide lent, non seulement sur le plan culturel mais aussi sur le plan général (santé, alimentation, économie).

À la différence d’autres peuples (comme le peuple catalan que nous connaissons bien et qui a quelques ressemblances : langue, culture, partition entre plusieurs États…) il n’y a là aucune trace de développement économique et donc de ressources financières propres.

Le développement est entravé par une absence quasi-totale d’élites formées sur place (0 médecin et 0 sage-femme Afar en Éthiopie sur 1,7 million d’habitants), une malnutrition systémique (98 % de la population est officiellement sous-alimentée), des structures de santé absentes ou presque, une mortalité maternelle en couches et une mortalité infantile effroyables. Le tout dans un  pays essentiellement désertique dont les rares zones irrigables sont confisquées par l’état fédéral pour les louer aux « investisseurs » indiens, chinois et autres qataris qui y font du coton et du maïs transgénique …

Bref, un problème de sous-développement maintenu et organisé sur une base ethnique et culturelle, et un isolement tel que même les ONG « humanitaires » n’y vont pas. Cependant, il existe une conscience aiguë des quelques élites locales de la nécessité de remédier à cette situation sous peine de disparition à terme. Et  donc une attente et un besoin dramatiques de solidarité pour le développement et une participation active de ces élites à tout ce qui peut aller dans ce sens.

 

C’est dans ce contexte que j’ai consenti à m’engager.

 

Politiquement formé à la solidarité internationaliste, je me suis trouvé en phase avec mon engagement personnel de toujours, pour l’amélioration des conditions de la naissance, mais aussi pour la libération des peuples opprimés.

Les personnes que j’y ai rencontrées ont contribué à me faire partager leurs angoisses et leurs espoirs. Au milieu d’un désert géographique, économique et socio-politique, ils perpétuent l’espoir humaniste en un avenir meilleur malgré des difficultés à première vue insurmontables. Au contact de l’ami qui les visite, ils commencent par l’accueillir de leur mieux à tous les points de vue. Ils lui parlent ensuite de leurs problèmes. Pour ce qui me concerne ce fut : « nos femmes meurent en couches (pas loin de 10%), nos enfants meurent en bas âge (15% avant 5 ans de ceux qui sont nés vivants), nos troupeaux ont de plus en plus de mal à trouver des pâtures (les plus grasses car irriguées deviennent des champs de coton), la pluie est rare… » mais le propos se terminait toujours par ces mots « si vous pouvez faire quelque chose pour nous aider à enrayer ces fléaux ce serait magnifique, mais si vous ne pouvez rien faire ce n’est pas grave, merci d’être venu nous visiter. »

C’est ainsi que j’ai commencé à devenir un ami des afars et que j’ai mis mes forces et ma compétence au service de cette amitié.

Voilà ce qu’il me paraissait pertinent de dire au stade actuel de l’action que j’ai initiée là-bas.

Il ne s’agit donc pas, tant s’en faut, de l’organisation d’une action humanitaire. Il s’agit d’une action de solidarité internationaliste dans un de ses avatars possibles, l’aide au développement d’un peuple en perdition du fait de son absence de d’autonomie et de son caractère rebelle.

J’y reviendrai.

 

 

 



[1] L’humanitaire et ses ambiguïtés

par Laurine D. étudiante en sciences politiques Ecole, université : IEP Aix-en-Provence

[2]Claire MOUCHARAFIEH : Pour une nouvelle philosophie de l’action humanitaire

 

Par el sirachaire - Publié dans : mission en pays Afar
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Mardi 28 septembre 2010 2 28 /09 /Sep /2010 18:50

Buxal ullá tassallaamay!  Que l`accouchée reste saine et sauve à la maison !

C`est par cette invocation que commencent les prières collectives des afars. Elles y incluent ensuite les gens qui voyagent en avion et en bateau.. Ce sont les personnes qui, si les choses ne vont pas comme il le faudrait, courent un danger mortel.

Car en pays Afar, la mortalité en couches est effroyable. Aucune statistique n`est disponible réellement. La seule approche scientifique est l`assimilation à la population somalienne [mode de vie nomade, niveau de développement, statut de la femme, y compris taux des mutilations génitales féminines proche de 100 %] qui comptabilise officiellement 1400 ces pour 100 000 naissances. Quant à la mortalité infantile, elle concerne avant 5 ans 15 % des enfants nés vivants.[1]

Des éléments non scientifiques peuvent compléter le tableau sur la base d`observations personnelles : visitant une femme qui venait de perdre sa fille de 19 ans en couches à l`hôpital de Doubie [le seul hôpital existant jusqu`ici en pays afar éthiopien pour 1,5 million d`habitants] j`apprends que dans la même semaine 9 autres jeunes accouchées sont ainsi décédées. à L`HOPITAL.

Que dire alors de celles qui, dans leur quasi totalité, accouchent dans des maisons en torchis dans les villages sédentarisés voire dans les daboytas[2] au milieu de la brousse, aidées d`une accoucheuse traditionnelle, avec comme seul moyen d`intervention ses deux mains, sa bonne volonté et  ses prières. Car si cela ne va pas, sans aucun moyen de dépister le haut risque, les problèmes se posent toujours au dernier moment. Et il n`y a aucun moyen de transport sauf le brancard à dos d`homme et sur des dizaines de Km de désert. De plus, on attend toujours le plus longtemps possible avant de se décider à partir, mais où ? l`alternative hospitalière, non seulement n`existe pas la plupart du temps, et lorsqu`elle existe, elle n`a pas de sens pour ces personnes.

Ce qu`elles en savent, c`est que l`entrée de l`hôpital leur est quasiment interdite. Quand elles y entrent pour une blessure, une maladie grave, une hémorragie  ou autre, elles s`en font rapidement évacuer avec un vague pansement, une ordonnance le plus souvent impossible à honorer, et même pas de bonne parole. Car si l`hôpital existe, l`hospitalisation n`existe pas.

Si par extraordinaire dans un centre comme Xaale Faage[3] (c`est plus qu`exceptionnel, il n`y en à pas d`autre) une construction  destinée à être un hôpital à été réalise, elle n`a de dotation ni en personnel ni en matériel. Ici, il y a un médecin vacataire, deux infirmiers, un laborantin, un homme"sage-femme", deux auxiliaires de pharmacie et c`est tout pour le personnel soignant. Au laboratoire, un microscope permet les examens directs de crachats [BK], de selles [parasitoses], d`urines [cellules et germes] et de la goutte épaisse pour le paludisme.  Une série de tubes permet l`hématocrite. ET C`EST TOUT. Pas de radiographie possible alors que la tuberculose pulmonaire et osseuse, voire ganglionnaire fait des ravages. Pas de réactifs comme le rose Bengale alors que la brucellose est présente elle aussi. Un petit échographe dont personne ne sait se servir pourrait permettre une localisation placentaire, mais l`hémorragie aura fait son œuvre depuis longtemps. Un bureau de consultation, une salle de pansements sont les seuls locaux techniques. Évidemment pas de bloc chirurgical, pas de réanimation, et pas de secteur d`hospitalisation. Le tout pour une population d`environ 400 000 personnes.

L`hôpital n`a donc pas de sens. Il n`est pas intériorisé comme une alternative possible à un problème grave de santé. La chirurgie n`a même pas d`existence psychologique, aucun mot afar ne la désigne. J`ai vu mourir de rétention aigue un homme porteur d`un simple adénome prostatique.

Sur le territoire de l`Etat Regional Afar il y a deux gynécologues, dont un à l`hôpital de Doubte et l`autre dans un centre de santé prive d`une ville frontière, inaccessible aux afars. C`est dire que la césarienne, et même le simple forceps ne sont accessibles qu`à une tellement infime portion de la population qu`elle est négligeable. La transfusion sanguine est impossible faute de structures.Et du coup certains enchaînements sont lourds de conséquences : la banale anémie de grossesse est accentuée par un régime alimentaire carencé, elle est aggravée par des infections urinaires récidivantes liées en grande partie à la déshydratation chronique et aux mutilations génitales, elle subit des grands à-coups d`hémolyse liés à des crises de paludisme ; et quand survient l`accouchement aux alentours de 10 % d`hématocrite, la moindre petite hémorragie de la délivrance sera rapidement mortelle. Et cela dans un désert médical absolu, avec une méconnaissance totale des tenants et des aboutissants, des moyens de prévention, des moyens de traitement, des modes d`intervention même les plus simples. Ainsi, même à l`hôpital, on peut mourir en couches à 19 ans.

Les femmes meurent ainsi en couches à un rythme suffisant pour que ce soit la mort qui rode et non la vie qui est accueillie au moment de la mise au monde. D`où l`invocation systématique que j`ai citée en exergue, d`où la pratique du testament dès que l`accouchement se profile pour des filles dont l`immense majorité n`a pas atteint ses 20 ans.

C`est dans ce contexte que j`avais été amené à la suite d`un voyage avec des amis afar, à me mobiliser pour l`hôpital de Xaale Faage. Lors de cette visite, l`administrateur de la zone 5, dont Xaale Faage est le chef-lieu, m`avait sollicité pour participer à cette tâche. C`est donc à sa demande que j`ai entrepris cette mission.

La construction est vaste, dotée de toutes les commodités attendues, lavabos, toilettes, douches non seulement pour les malades mais aussi pour le personnel pour lequel sont prévus y compris des casiers fermant à clé. Il y à deux "salles d`opération" , même si elles n`ont ni arrivée de fluides, ni éclairage adéquat, ni ventilation. De nombreux secteurs d`hospitalisation existent, vides de lits. De nombreuses pièces de rangement, un local pour la stérilisation, un secteur pour la radiologie [salle obscure revêtue de plomb et de béton ad hoc mais les portes sont trop étroites pour le passage des appareils]. C`est dire que la conception pourrait certes faire l`objet de critiques, mais que l`outil est prêt à être mis en route avec ses imperfections mais surtout avec son grand mérite, celui d`exister.

Il était donc d`abord question de meubler les espaces avec du matériel adéquat.

Un collectif d`associations[4] à été créé pour accomplir la tâche. Une recherche systématique et l`aide de plusieurs établissements hospitaliers publics et privés[5] nous à permis de réunir de quoi meubler et organiser une salle d`accouchement :  lit d`accouchement,  table de réanimation Bébé,  couveuse, ainsi que du matériel obstétrical [ventouse, forceps, spatules], gynécologique [spéculums, pinces, curettes], du petit matériel chirurgical [pinces, ciseaux, porte-aiguilles, valves], du matériel de réanimation [laryngoscope, respirateur, monitoring TA-pO2-ECG] et des consommables [sondes d`aspiration, d`intubation de toutes tailles, clamps de Bar, fils de suture] etc.…

Nous y avons ajoute de quoi meubler une salle d`opération : tables d`opérations, appareil d`anesthésie, aspirateur, matériel chirurgical pour césarienne, tables de service, guéridons ainsi que des consommables adaptés.

16 lits médicalisés à fonctionnement mixte électrique/manuel pourront accueillir les accouchées mais aussi les autres malades hospitalisés.

Et puis des pieds à sérum, des liquides de perfusion, des liquides de stérilisation des sols et des murs. Enfin évidemment des médicaments de première nécessité.

Il fallait ensuite trouver le personnel susceptible d`utiliser et d`entretenir ce matériel et ces locaux en état de fonctionnement. En même temps, il était évident que parachuter un hôpital avec nos critères d`organisation et de jugement sur ce qui est bon pour les gens et ce qui ne l`est pas, était dans le contexte psychologique et sociologique décrit plus haut une grave erreur.

Et ceci d`abord parce que s`il n`y a pas de personnel aujourd`hui dans cet hôpital, ce n`est pas par un coup de baguette magique qu`il sortira de notre chapeau.

Ensuite parce que le personnel possible n`est pas d`origine afar. Et il nous à été donné de constater, avec les soignants actuellement en place, un fosse culturel, lié à des conditions historiques locales. Les personnels actuels sont des éthiopiens des hauts plateaux, essentiellement Oromos et Amhariques. Or historiquement, les peuples des hauts plateaux [les deux cités représentent 75% de la population totale de l`Ethiopie] ont eu de nombreux conflits avec les Afars, et ils professent à l`égard de ces pasteurs guerriers nomades un mélange détonnant de mépris et de crainte,. Cela se traduit, à l`hôpital, par des attitudes et des comportements préjudiciables, non seulement à l`efficacité immédiate des soins, mais encore à l`habituation des populations au recours hospitalier sans attendre le dernier moment.

Enfin, du personnel afar techniquement formé, il n`y en à quasiment pas.

Il fallait donc, soit espérer faire venir en bloc un hôpital de campagne au complet comme en sont accoutumées les ONG classiques, et cela nous n`en avions ni les moyens ni l`envie compte tenu de nos analyses citées plus haut, soit faire autre chose, plus adapté à la situation locale.

Nous avons d`emblée pensé qu`il fallait s`appuyer sur ce que la société afar produit comme soignants traditionnels autour de la naissance : les accoucheuses, en afar ullat-inà [littéralement "mère de l`accouchée", celle qui materne la maman].

Car même si elles n`ont reçu aucune formation théorique, elles sont dotées d`un double bagage essentiel pour ce que nous en attendons : d`abord une expérience construite au fil des ans par le compagnonnage et le contact quotidien avec les femmes enceintes et les accouchements. Pas besoin de leur expliquer ce qu`est un accouchement, elles le savent ; ensuite un vécu dramatique de nombreuses situations désespérées où elles ont assisté, impuissantes faute de connaissances et de moyens, à la mort de jeunes mères dont la vie aurait du être le lot.

Lors de nos rencontres à l`occasion de mon premier voyage[6], cette demande instante de formation, d`information et de moyens avait été formulée à plusieurs reprises par des ullat-inà de tous âges.

Restait d`une part à expérimenter un contact pédagogique efficace avec elles, et d`autre part à convaincre les autorités de faire entrer à l`hôpital ces femmes considérées par les responsables de la communauté comme ignorantes et incapables de s`adapter à la modernité, encore moins d`en être les porteuses et les garantes.

Le premier pari fut rapidement gagné tout au long d`une dizaine de rencontres de formation. La pédagogie utilisée fut, comme de juste, une pédagogie non-directive qui fonctionna très bien malgré la nécessité d`une traduction simultanée. L`enseignement s`appuya non sur des lacunes à combler mais sur des compétences à parfaire. L`accoucheur que je suis leur dit et répéta : nous faisons le même métier, nous parlons de la même chose, ce que je peux vous apporter c`est un peu plus d`efficacité. Et la réponse fut à la mesure de l`attente. Que ce soit sur la physiologie de la grossesse, sur les pathologies à dépister et à traiter [infection urinaire, anémie, diabète gestationnel, paludisme], que ce soit sur les problèmes d`accouchement liés à la présentation, à la délivrance, au périnée ici grevé d`une MGF, l`exposé était suivi avec attention. Les phénomènes reconnus étaient immédiatement commentés, les solutions proposées étaient discutées par rapport à des pratiques traditionnelles pas toujours adaptées, les gestes techniques exposes étaient accompagnés de gestes de l`une ou de l`autre en relation avec une expérience personnelle.

Deux exemples :

- l`expulsion du méconium à été reconnue dans leur pratique comme liée à la souffrance fœtale. Mais comme elle n`est apparente et semble-t-il curable que dans le siège, une de leurs pratiques consiste alors à empêcher le méconium de sortir coûte que coûte. Nous en avons discuté et convenu que ce n`était pas le mieux à faire. D`autant que le méconium qui sort c`est autant de volume qui n`aura pas à passer…

- lors d`une des premières rencontres, je parle du TV en expliquant son intérêt dans la détermination de la présentation et de la variété de position quand ça traîne. Une des participantes me déclare que jamais une femme afar n`acceptera qu`on lui mette deux doigts dans le vagin. Je n`insiste pas. Quelques séances plus tard, comme le TV revient sur le tapis, elles déclarent unanimement que ce qui avait été dit était une bêtise probablement une forme de provocation.

Le second fut gagnée grâce à l`amitié nouée avec l`administrateur régional. Bien que conscient des réticences que cela provoquera, il finit par accepter que les ullat-inà soient les garantes du nouveau service de l`hôpital constitué par cet embryon de maternité. L`une d`elles ayant accepté la responsabilité de leur groupe recevra la clé des locaux à mon départ.

Il était enfin question de créer une amorce de réseau de soins périnataux.

Pour cela nous nous proposions d`utiliser les compétences et la présence sur le terrain de ces ullat-inà formées afin de faire la prévention primaire des anémies [distribution systématique de fer + folates des le 3eme mois}, des infections urinaires [bandelettes réactives, antibiotiques], du paludisme [traitement systématique  des femmes enceintes dans les zones impaludées]. Nous avons prévu la mise à disposition les médicaments et les bandelettes réactives. Nous avons de plus prévu de les doter d`une valisette contenant outre ces moyens de suivi, des gants, du petit matériel de desinfibulation, de suture, des antiseptiques pour la peau et les mains, des sondes d`aspiration etc.…

Notre prochaine mission mettra toutes ces structures en place. [7]

 

cet article est paru dans la revue "LES DOSIERS DE L'OBSTÉTRIQUE" de février 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nota : Tout ceci est évidemment valable pour la grande majorité du peuple Afar qui vit en Ethiopie dans le territoire administré depuis quelques années par un Etat Régional Afar à l`autonomie relative. Les Afars qui vivent sur le territoire de la République de Djibouti ont de meilleures ressources de santé, en grande partie héritées de la présence française. Les médecins et soignants y sont nombreux ainsi que les établissements d`hospitalisation.

 

 



[1] CROSS BORDER AND MOBILE POPULATION’S SEXUAL AND REPRODUCTIVE HEALTH situation IN THE IGAD MEMBER’S STATES DRAFT REPORT Dr. Kamil M. A. - May 2008

[2] cabane traditionnelle des nomades afar/

[3] cf notre premier article des D.O.

[4] Mieux Naître en Afrique regroupe l’ADER Mieux Naître en Catalogne Nord, Amitié Solidarité Afrique, l’Association ‘Entraide des Afar en France et le Comité 66 de Femmes Solidaires.

[5] Notamment la Clinique Saint Pierre et la Clinique Mutualiste à Perpignan, l’hôpital Tenon de l’APHP , l’Hôpital d’Annecy

[6] ibidem note 3

Par el sirachaire - Publié dans : mission en pays Afar
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Mardi 28 septembre 2010 2 28 /09 /Sep /2010 18:40

Au mois de février 2009 je suis allé en Éthiopie, plus précisément au pays Afar, région orientale de l'Éthiopie. J'y étais convié pour une mission exploratoire par l'Association Femmes Solidaires à la recherche d'un médecin gynécologue-accoucheur pour une action contre les mutilations sexuelles féminines.

Cette association a mis en place un système de « marrainage » de petites filles afar. Sous réserve qu'elles ne soient pas mutilées sexuellement et qu'elles soient envoyées à l'école, elles reçoivent un viatique mensuel de 15 € de la part de leur marraine. Et l'association vérifie régulièrement que le contrat a bien été rempli.

L'association prévoit en outre de mettre en place un centre d'hébergement pour les mamans et les fillettes qui souhaitent « échapper à l'exciseuse » quand elle passe dans le village. Et d'aider les exciseuses qui ont accepté de « poser le couteau », sous réserve d'une formation leur permettant de se réinsérer comme accoucheuses traditionnelles.

Le médecin a alors été pressenti pour organiser un petit centre de soins et la formation de base dans le bâtiment qui doit être construit près du fleuve Awash, à Gawani très précisément. Cette localité a le double avantage d'être située près du seul fleuve et donc dans la seule zone irrigable de l'immense désert Afar, et sur la seule route asphaltée qui le traverse, l'axe Addis Abbeba-Djibouti.

Nanti de cette mission somme toute banale dans le contexte de l'ambiance « humanitaire » en général et de nécessité de lutter contre les MSF en particulier, j'ai donc pris mon billet d'avion et je suis parti avec une délégation de l'association.

Il faut dire que le pays Afar est dans une situation particulière dans le contexte éthiopien, lui-même particulier en Afrique.

En effet, l'Éthiopie présente la particularité de n'avoir jamais été colonisée par les puissances européennes ; l'état éthiopien a revêtu la forme d'un empire jusqu'aux années 70 du XXéme siècle, et avec une dynastie dite des salomonides, c'est à dire remontant, par reine de Saba interposée, au roi Salomon. L'Éthiopie fut probablement le pays de Pount où la pharaonne Atshepsout alla faire ses courses. L'église éthiopienne remonte aux origines de la chrétienté. Et si l'Islam y a fait sa place très largement, ce pays a une ancienne et vivace tradition chrétienne qui lui donne, en Afrique, une autre originalité. Une république fédérale a remplacé l'empire, et après divers avatars historiques au cours desquels elle a perdu sa façade maritime par la sécession de l'Érythrée, elle est aujourd'hui un très grand pays peuplé de plus de 80 millions d'habitants, siège de l'OUA entre autres et de plusieurs antennes de l'ONU. L'organisation de cette république repose sur l'autonomie accordée aux entités ethniques qui cohabitent. Elle est dominée par les Tigréens (5 millions) ont remplacé les Amara qui constituaient la classe dirigeante (14 millions) tandis que les plus nombreux sont les Oromo (40 millions).

Le pays Afar est donc une de ces région autonomes peuplée de 1,4 millions d'habitants. Mais il aussi une particularité géographique, c'est un désert quasiment sur toute son étendue. Les afars sont un peuple de pasteurs guerriers qui ne connaissent que l'élevage. Et, dans le contexte de l'empire éthiopien, ils ont toujours été considérés avec mépris par les ethnies dominantes. Le dernier empereur Haïlé Sélassié avait défini leur place et leur statut : situé à la marge orientale de l'empire, le pays afar, désertique et sans ressources minérale significative (sauf un peu de sel) ; il constitue un glacis politique et militaire. Ses habitants l'occupent et le défendent. Et moins on s'en occupera et mieux cela vaudra.

Résultat: un dénuement total, particulièrement en matière de santé où de rares « dispensaires » tombent en ruines, avec de rares infirmiers totalement dépassés (densité de soignants de tout niveau : 0,2 pour 1000 habitants) sans matériel, sans médicaments, sans moyen de communication, sans plateau technique à proximité, et bien entendu sans médecins, sages-femmes ou autres soignants.

A cela s'ajoute la pratique des mutilations sexuelles les plus complètes. En effet, dans cette zone de l'Afrique se pratiquent outre la mutilation clitoridienne (que l'on retrouve jusqu'à l'océan atlantique en Afrique de l'Ouest), les petites lèvres sont excisées, les grandes lèvres sont mutilées et suturées l'une à l'autre (l'infibulation). Le tout au couteau pour l'excision et avec des épines d'acacia pour l'infibulation. Il s'ensuit une surmortalité des petites filles liée aux hémorragies et à l'infection. Une surmortalité des jeunes filles au moment du mariage (ultraprécoce, « dès que les seins pointent ») du fait que la désinfibulation se fait là aussi au couteau. Et bien entendu une mortalité en couches absolument effroyable de l'ordre de 1400 pour 100000 naissances vivantes, et une mortalité avant cinq ans de 14,5 % des enfants nés vivants.

C'est cette situation particulière que mes amis éthiopiens afars avaient décidé me faire connaître, en profitant de ma venue dans le pays. Et, de village en village, au milieu de rien, j'ai rencontré des populations certes très fières et nobles, mais totalement démunies. La nourriture se résume au lait de chamelle ingurgité le matin avec une galette. C'est dire dans quel état se trouvent les femmes que j'ai pu ausculter : chroniquement dénutries, chroniquement déshydratées, avec une prévalence de l'infection urinaire chronique liée à l'état du périnée, l'anémie, et au bout l'accouchement sans aucune structure d'accompagnement qu'une accoucheuse traditionnelle démunie de toute compétence et de tout matériel. S'y ajoute une importante prévalence de la tuberculose et du paludisme, et si le sida est peut-être moins présent qu'ailleurs, c'est que la sexualité est réduite à sa plus simple expression.

Le clou de la visite fut l'hôpital de Xalé Fagé, centre administratif de la Zone 5 : une construction neuve, vide, sans personnel, sans matériel, et sans perspective de dotation ni dans un domaine ni dans l'autre. Avec en prime le commentaire de l'administrateur : si vous pouviez faire quelque chose...

C'est dire que l'on est là bien loin de ce que j'ai pu vivre dans une autre région d'Afrique, de l'ouest cette fois et post coloniale, où certes les besoins sont grands dans tous les domaines de l'humanitaire ; mais il y existe des infrastructures, souvent mal entretenues mais présentes, une organisation post coloniale « moderne » et une demande pressante de mieux sur la base d'une connaissance de ce que cela pourrait être.

Là rien de comparable. Il n'y a rien, il n'y a jamais rien eu. En dehors de quelques points de fixation de la population autour d'un point d'eau et parfois d'une école, il n'y a que des campements, pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de maison, et dans les daboytas (cabanes traditionnelles en treillis de branchages recouvertes de feuillage et au mieux de nattes de joncs) pas de meubles, pas d'instrument de cuisine. On est encore globalement à l'âge du fer.

Il y a cependant des attentes manifestées par les personnes rencontrées, individuellement ou en groupe, mais aussi par les autorités : avoir accès aux médicaments pour soigner les humains et les animaux d'élevage dont tout dépend pour la maigre survie, ne plus voir mourir les femmes en couches et les enfants en bas âge, et surtout cesser d'être OUBLIÉS. Et, invariablement, chaque entrevue avec des individus et des groupes, avec des femmes ou des hommes, à titre personnel ou comme responsable administratif ou coutumier, s'est conclue par ces paroles : merci de nous avoir écouté, si vos pouvez faire quelques chose pour nous merci d'avance, mais si vous ne pouvez rien faire, soyez remerciés d'être au moins venus nous visiter.

Alors dans ce contexte, la lutte contre les mutilations sexuelles féminines prend une dimension que les occidentaux que nous sommes ne sont pas accoutumés à envisager. Civilisateurs de « sauvages », notre démarche inconsciente est d'abord portée par le jugement de valeur. Ce n'est pas bien de mutiler des bébés ou des fillettes. Et du coup, le discours moralisateur accompagne les actions de prévention quand il ne les sous-tend pas, voire n'en est pas la justification. La démarche féministe constitue là une avancée significative dans les comportements. Mutilations infligées aux femmes, les MSF sont autrement perçues par les féministes. L'idée de libération remplace la volonté « civilisatrice ». L'immersion dans le vécu, ou en tous cas son imaginaire, donne à l'action féministe une efficacité plus certaine car moins empreinte de culpabilisation potentielle.

Elles reste cependant extérieure à la réalité socio-culturelle vécue dans ces sociétés par les femmes elles-mêmes. Car ce sont elles qui perpétuent ces comportements traditionnels ; ce sont des femmes qui excisent et infibulent ; ce sont les mères qui font exciser et infibuler leurs filles. Et ce n'est pas une mince contradiction que cette constatation que les victimes apparaissent ainsi comme leurs propres bourreaux, femmes de leurs congénères, mères de leurs enfants.

L'intériorisation de la domination masculine qui serait à l'origine de ces comportements délétères en est certes un élément déterminant. Mais il ne suffit pas à expliquer l'inexplicable : lorsque les femmes sont transplantées dans nos sociétés par le jeu des flux de population, les immigrations liées au travail ou à la fuite devant la famine, les MSF se perpétuent, y compris en France par exemple. Et les lois répressives n'y font rien ou peu de chose.

C'est que la féminité, façade sociale des conditions d'existence dans le social du sexe féminin, se pare d'attributs liés à la socio-culture. Les fards, les bijoux, les vêtements de dessus et de dessous ne sont que les avatars de la parade nuptiale que les sociétés humaines ont démultiplié l'envi. Et ce n'est pas un hasard si l'on veut bien se rappeler que la survie d'une espèce est liée à deux types de besoins fondamentaux : la consommation pour la survie des individus et la reproduction pour celle de l'espèce. La parade nuptiale est donc un comportement fondamental de la survie. Le problème est que souvent les comportements humains, constitués sur des bases naturelles, dérivent vers des contradictions. Faire des trous dans les oreilles des petites filles pour y mettre des boucles le plus tôt possible n'a certes pas de conséquence dommageable immédiate. Comprimer les pieds des filles comme en Chine, étirer la lèvre inférieure par un plateau comme chez les …., ou le cou comme des femmes « girafe » chez les … a sûrement des inconvénients pour marcher, manger, ou tenir sa tête sans prothèse. La reproduction, terme ultime de la parade nuptiale, n'en est pas pour autant obérée.

Par contre les MSF, surtout quand elles atteignent le degré de détérioration des organes génitaux et le taux de prévalence (98,5 %) que l'on constate en pays Afar, deviennent un obstacle objectif à la reproduction. Et cela se mesure dans la démographie, en chute chez les Afar, au contraire de la plupart des populations africaines. La surmortalité des filles et des jeunes femmes mais aussi les conditions d'expression de la sexualité ne peuvent être que liées à ces pratiques.

Une certaine conscience de ces liens de cause à effet se met en place. Les femmes que nous avons rencontrées ( et bien sûr ce sont les plus « conscientes ») font le lien entre les MSF et la sexualité catastrophique, mais aussi les désastres au moment de la mise au monde des enfants. Certains hommes, ayant ainsi perdu une voire plusieurs compagnes, arrivent à se positionner contre les MSF. Mais il demeure des obstacles que seuls les mécanismes psychologiques permettent d'expliciter. Nous avons déjà par ailleurs exposé l'idée que les pratiques délétères constatées dans le fonctionnement des sociétés humaines est lié à la conjonction de modes, assorties de modèles, sous-tendus par des techniques, mis en place sous forme de rites et in fine justifiés par des mythes à défaut d'autre justification plus argumentable. Et nous avons montré que des corps d'intervenants sociaux sont à l'œuvre dans la réalisation des ces pratiques, les uns pour les mettre en actes, les autres pour sanctionner les manquements à leur généralisation.

Ces développements ont été faits dans le cadre de la réflexion sur les comportements délétères de nos sociétés autour de la Naissance, y compris d'ailleurs la mutilation sexuelle que constitue l'épisiotomie, pratique agressive, mutilante et scientifiquement qui s'avère, à l'examen, totalement injustifiable.

On voit bien que les trous dans les oreilles, la compression des pieds, l'étirement démesuré de la lèvre inférieure et du cou, participent de ces mécanismes. Quoi de moins justifiable, mais quoi de plus répandu voire le plus souvent généralisé dans les groupes humains où ces comportements sévissent. Car ce qui est en cause c'est la parade nuptiale : sans boucles d'oreille, sans « plateau », avec des « grands » pieds, ou un cou de taille normale, pas de séduction possible dans ces groupes. Et ce n'est pas seulement l'exigence du sexe opposé qui est en cause, même si, en dehors de ces attributs acquis, « une fille ne peut se marier », ou alors avec un malotru, un déclassé ou un farfelu. C'est l'intériorisation de ces pratiques comme une exigence d'accès une féminité de bon aloi qui en fait la généralisation à l'excès. En dehors de quoi ce n'est pas une « vraie femme ».

A la fin du XIXéme siècle, ma grand-mère, toute jeune fille, avait exigé de porter un pantalon pour aller garder les brebis dans la montagne. Un siècle après, dans le village, on en parlait encore.

C'est dire qu'en pays Afar, l'ablation des organes génitaux externes et l'infibulation sont la marque de la féminité. Et parmi les questions qui surgissent lorsqu'une mère Afar a fait la démarche d'envisager de ne pas faire exciser sa fille, on entend surgir : mais comment va-t-elle vivre avec « tout ça ». Et c'est une inquiétude pour cette mère, elle-même excisée, au milieu d'une population féminine excisée à 98 %, que « d'imposer » cette anomalie à sa fille. Car personne autour d'elle n'a l'expérience d'une vie personnelle et sexuelle avec « tout ça ». Le mythe est celui d'un développement excessif d'un clitoris qui prendrait la dimension d'un sexe masculin. Et il justifie le rite, la technique et les techniciennes. Le modèle est celui de la mère et de toutes les autres pour qui c'est devenu « naturel » de faire cela. Et la tradition, avatar de la culture lorsqu'elle recouvre un comportement intuitivement vécu comme néfaste, vient chapeauter le tout d'une couverture irréfragable.

Lutter contre les mutilations sexuelles dans ce contexte nécessite donc de prendre en compte cette réalité psychologique.

Inutile d'aller dire à ces femmes qu'ainsi elles ne sont pas de femmes complètes, qu'on leur a enlevé quelque chose de leur féminité alors que justement, pour elles, c'est cela qui fait d'elles des femmes à part entière.

Inutile d'aller faire la morale aux exciseuses qui sont dans ce contexte le « bras armé » de la société pour accompagner la condition féminine. D'ailleurs, et cela nous semble paradoxal mais on voit bien que c'est logique dans ce contexte, ce sont elles qui accompagnent les grossesses et les accouchements. C'est à dire que ce sont elles qui sont les techniciennes, comptables devant la société, de la bonne réalisation de la féminité jusque dans son avatar le plus accompli qu'est la maternité.

Par contre, on peut sans problème s'appuyer sur la contradiction manifeste pour les exciseuses entre ces actes, l'excision d'une part, et l'accompagnement des naissances de l'autre. Et sur la base de leur pratique, et la conscience intuitive qu'elles ont du lien entre la mutilation et les problèmes obstétricaux rencontrés au quotidien, leur montrer qu'il s'agit là de pratiques antagoniques, c'est-à-dire s'excluant nécessairement l'une l'autre. On peut ainsi leur proposer ( et elles sont en demande) une formation qui leur permette de « poser le couteau » sans perdre pour autant leur statut social, leur rémunération et donc leur moyen d'existence, tout en contribuant de façon efficace à luttre contre le fléau, perçu comme tel, des catastrophes obstétricales constatées tant pour les mères que pour les bébés.

Par contre on peut sans problème s'appuyer sur la revendication des femmes d'être mieux soignées, mieux accompagnées, l'accompagnement médical de qualité justifiant alors la remise en cause de ce qui reste une conséquence de la pratique mutilatoire. Car, dans le discours des femmes aux prédicateurs de la non-MSF que nous incarnons pour elles, émerge la revendication : nous voulons bien vous écouter quand vous nous dites que la MSF est néfaste, mais n'est-ce pas au moins aussi néfaste de n'avoir ni médecin, ni sage-femme, ni médicament, ni structure d'accueil de soin adaptée, ni moyen de transport pour les urgences …

Par contre on peut s'appuyer sur la conscience qu'ont les hommes des conséquences désastreuses des mutilation sexuelles, non seulement sur les processus de naissance, mais aussi sur les relations de couple.

Et cela nécessite effectivement une approche médicale, non pas seulement pour justifier scientifiquement le discours anti-MSF, mais pour montrer, par une organisation des soins efficace, que ce qui reste de problèmes de santé féminine lorsque les soins appropriés ont pu être prodigués est bien lié à la pratique des MSF.

 

Cet article est paru dans la revue "LES DOSSIERS DE L'OBSTÉTRIQUE" 

 

 

 

 

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