Partager l'article ! Apparition de l’idéation :: A côté de la conscience et de la pensée, je voudrais maintenant dire un mot de la façon dont ém ...
A côté de la conscience et de la pensée, je voudrais maintenant dire un mot de la façon dont émerge à la conscience ce qui va devenir rapidement une idée. Cette idée émergeant à la conscience est un élément structurel de la pensée.
Le processus d’idéation est donc un processus essentiel.
Nous avons évoqué la façon longtemps informelle dont fonctionnent les superstructures neuropsychiques pendant la première période de Naissance. Les interconnexions sensorimotrices se mettent en place suivant les indications du programme génétique : celui-ci programme les interactions, les inter-réactions dans les circuits sensorimoteurs, avec les influx positifs et négatifs, les rétroactions etc… C’est vrai pour l’activité musculo-squelettique à la base de l’autonomie motrice dans l’environnement, c’est vrai aussi pour ce qui sera indispensable comme système réflexe au moment de la sortie de l’environnement utérin : mise en route de l’activité respiratoire et immédiatement après de l’activité dite « de succion ». Les mouvements in uteropermettent la mise en place de toutes les interconnexions de l’activité motrice de base. La sensorialité périphérique et profonde intrique ses capteurs et les informations qu’ils procurent au fonctionnement du système. Une activité des muscles dédiés à l’activité respiratoire est très tôt repérable sans nécessité du moment. Elle est totalement déterminée par le programme génétique.
Les afférences liées au tact permettent ainsi le repérage spatial de l’environnement, mais aussi quelques expérimentations de la perception du corps propre. L’environnement intervient dès ce moment malgré l’apparente « pauvreté » de ses affects. Le corps propre intervient comme sujet et objet de perception. Un autre type de « bouclage » intervient alors avec l’amorce de ce que l’on nommera un jour la recherche de la satisfaction, voire du plaisir. C’est ainsi que les organes génitaux seront perçus très tôt et leur contact recherché. C’est ainsi que la sensibilité de la langue associée à son activité musculaire recherchera les contacts extérieurs au corps susceptibles de diversifier les informations. La motricité associée des lèvres, des joues etc… mettra en place les bases de la succion. La motricité du membre supérieur et particulièrement de la main et des doigts induira rapidement la possibilité d’expérimenter la succion du pouce. On a même vu des bébés sucer leur propre sexe voire se masturber in utero.
A ce stade il n’y a pas de processus d’idéation.
La programmation génétique reconnaît un certain nombre de stades de maturation et d’organisation, chacun utilisant comme base les acquis du stade précédent. Le fonctionnement cortical est à ce stade essentiellement dédié à la coordination des fonctions végétatives et des fonctions de relation. L’activité musculaire vient en sus. Le processus téléologique qui sous-tend sa mise en place est évident avec sa finalité de survie immédiate. Ne pas respirer et ne pas téter sont, dans les conditions « naturelles », synonymes de mort. Cela n’a, dans ces conditions, qu’une importance négligeable au niveau individuel. Au niveau de l’espèce, c’est la garantie que des individus dénués du moyen de survivre ne se reproduiront pas. Mais l’activité corticale est dès ce moment indispensable à ces processus. Les centres de récupération d’information sont à la base de la mise en place de réflexes qui seront qualifiés à la venue au monde de réflexes « absolus ». Cela veut dire que ce sont déjà des comportements coordonnés complexes qui nécessitent un centre pour leur coordination en même temps que pour leur mise en route. Ils intègrent déjà des informations « potentielles » en provenance de l’environnement (phéromones péri-mammaires, indications tactiles), et des activité motrices complexes constituant le réflexe de fouissement (orientation, reptation, embrassement, agrippement, succion).
L’idéation, c’est-à-dire la formation d’un reflet psychique complexe d’un ensemble d’éléments dérivés de l’environnement et de son interaction avec le milieu, ne se mettra en place que dès l’instant qu’une relation à autrui sera convoquée dans le système nerveux comme voie, et rapidement comme moyen, de la survie. En effet, à ce moment, un processus d’anticipation devra se mettre en place du fait de l’instabilité de la présence des éléments du nouvel environnement biosphérique et social.
Jusque là, les comportements coordonnés complexes à base de réflexes absolus n’ont besoin que de stimuli adaptés pour se mettre en route. En dehors de la présence de ces stimuli, ils restent en réserve jusqu’à leur réapparition.
In utero, les conditions particulières de cette période font que l’entraînement à ces réflexes et leur maintien en éveil semble à commande génétique.
Dès la venue au monde, les conditions d’environnement et les besoins fondamentaux ressentis prennent le relais pour mettre en route et maintenir ces comportements indispensables à la survie. Leur maintien est alors doublement conditionné, et par la satisfaction du besoin qu’ils procurent et par la répétition indispensable de leur système d’action-réaction dans le mécanisme de survie. Mais comme pour tout système réflexe, l’expérience montre que l’absence de stimulus et/ou l’absence de nécessité de la mise en œuvre du comportement concerné (gavage prolongé dans le cadre de problèmes néonataux par exemple), non seulement font disparaître le réflexe mais encore rendent difficiles voire quasiment impossibles les acquisitions ontologiquement programmées à partir de ce système réflexe. Le simple fait de ne mettre en place les conditions d’expression du réflexe que trop tardivement par rapport à la période idéale (ex : la mise au sein dans la première demi-heure) retarde encore sa mise en route et rend inopérante la programmation génétique.
En effet, pour cet ensemble réflexe comme pour un certain nombre d’autres, il existe une période sensible où il s’exprimera au mieux dans le conditions « naturelles ». Cette période est courte, une demi-heure environ. Au-delà de cette période, la réceptivité aux stimuli est émoussée, la mise en route du réflexe se fera de façon « paresseuse », et devra être accompagnée. Un « ré-apprentiss age » est alors de fait indispensable qui, lié à l’absence de stimulation correcte des autres éléments du comportement (absorption du colostrum, vidange des galactophores à la base d’une « montée de lait » harmonieuse chez la mère), crée les conditions d’une dysharmonie comportementale. C’est cette dysharmonie qui nécessitera des mesures compensatoires, de la protection du mamelon à l’arrêt de l’allaitement et au biberonnage.
On voit dès lors apparaître, et immédiatement à la sortie du ventre maternel, le deuxième environnement spécifique de l’être humain, l’environnement social et ses conséquences. Celles-ci peuvent être positives pour la survie par l’utilisation de moyens artificiels d’oxygénation et/ou d’approvisionnement énergétique en cas de carence temporaire des comportements génétiquement programmés du fait par exemple d’une souffrance fœtale. Ce sont alors des moyens de démultiplication voire de substitution des capacités adaptatives spontanées en défaut.
Elles peuvent être plus questionnables en cas de perturbation volontaire des mécanismes d’adaptation sur des bases où les exigences de la survie sont plus distantes des besoins immédiats du bébé, et concernent plutôt a mère et par son intermédiaire un certain nombre d’équilibres individuels ou collectifs de l’environnement social.
Dans ce domaine encore, on retrouve la conjonction indispensable du hasard et de la nécessité.
Le hasard, c’est ce qui a conduit progressivement, de mutation en mutation, à la constitution d’une économie psychosomatique efficace pour la survie. En particulier en ce qui nous concerne, la mise en place de superstructures neurologiques capables de devenir le support de la pensée est évidemment le produit de cette « évolution ». C’est aussi, dans certains cas, le développement sous-optimal de certaines structures, particulièrement dans le domaine sensoriel (cécité, surdité..) ou organo-moteur (bec de lièvre, fente palatine…).
Mais la mise en œuvre des potentialités de ce système ne se fera que sous la pression de la nécessité. Ce sont les conditions objectives de la survie en dehors du ventre maternel qui vont imposer de nouvelles compétences dans le nouvel environnement. Entre le « fœtus » in utero la veille de sa venue au monde et le nouveau-né à la sortie du ventre maternel, il n’y a aucune différence fondamentale de structure. Tout au plus peut-on considérer que l’expérience de l’accouchement apporte des éléments particuliers sous forme de traces qui auront leur place dans le développement ultérieur. On peut y ajouter cette « analgésie » fournie par l’inondation de l’organisme maternel en ocytocine au cours du processus d’accouchement qui contribuera probablement à faire de cette hormone ce que certains dénomment hormone du « plaisir ». Mais la structure du système nerveux n’est pas modifiée. La trajectoire vitale du Naissant est continue à travers les différentes étapes de sa naissance. Ce qui change, c’est l’environnement qui va inonder ce système de ses nombreux affects par l’intermédiaire du système sensoriel. Ce qui change ce sont les nouvelles conditions objectives de la survie nécessitant des comportements adaptés coordonnés complexes au niveau respiratoire pour assurer l’oxygénation et la redistribution des courants circulatoires, au niveau alimentaire pour assurer l’approvisionnement énergétique.
Ce qui change, dans ce contexte adaptatif nouveau, c’est la présence indispensable d’un « autre » dans l’environnement comme stimulus du réflexe et élément de satisfaction du besoin. C’est ce qui va changer la donne à la venue au monde.
L’expérimentation immédiate de l’alternance présence-absence de l’« Autre » exigera la mise en place d’un processus nouveau : l’anticipation.
Le processus devra intégrer un système de reconnaissance et un reflet convenable des bases de ce système de reconnaissance, constituant dès l’abord une « image » essentiellement olfacto-gustative et rapidement visuelle des éléments mobiles de l’environnement qui procurent la satisfaction des besoins fondamentaux.
On peut raisonnablement penser que le processus d’idéation se met en place avec la formation de ces images primordiales. C’est parce que l’alternance de présence-absence implique la persistance de l’ « image » que cette image va se constituer.
Cependant, à ce stade, il est clair que de nombreuses espèces animales, principalement mammifères, partagent cette situation et ces apprentissages.
Il faut bien admettre que l’espèce humaine dispose de potentialités particulières et que c’est parce qu’il en dispose que les mêmes conditions n’ont pas les mêmes conséquences. C’est grâce à la prédisposition génétique et à l’existence de structures neurologiques ad hoc que cette nécessité va pouvoir trouver sa réalisation. Le continuum vital du Naissant est à l’œuvre.
Chez l’animal, les images mnésiques capables de déclencher les comportements ne provoqueront jamais autre chose que des comportements stéréotypés, plus ou moins capables de transformations en fonction des conditions objectives ; mais surtout en fonction du stade de développement psychique de l’espèce concernée. Un comportement réflexe au stade de psychisme sensoriel élémentaire (fourmi) aura peu de chances de se transformer au contact de la réalité alors qu’il en aura bien plus au stade du psychisme perceptif. Au stade de la conscience humaine, les processus mentaux proprement dits vont pouvoir se mettre en place à partir de l’apparition des interconnexions spécifiques qui permettront la construction et la persistance de l’ « image ». Cette image trouvera sa place comme relais entre d’une part les stimuli proprioceptifs (faim, soif…) et les affects sensoriels indiquant la présence ou l’absence dans l’environnement de l’« autre » capable de les satisfaire. Leur conjonction déterminera les comportements d’appel, de recherche, de satisfaction du besoin. Il s’ensuivra la mise eu point, par apprentissage, de procédures pour le comportement d’appel (cris spécifiques) et pour la manifestation de la satisfaction (sourire, ronron).
L’apparition de l’image mentale porteuse des possibilités d’anticipation correspond à l’apparition dans les superstructures neuropsychiques d’un outil nouveau pour le fonctionnement mental : cet outil est la trace mnésique d’une réalité complexe psychosomatique, c’est-à-dire en même temps extérieure au sujet par l’existence en dehors de lui de moyens identifiés comme pouvant satisfaire ses besoins, et en même temps intérieures au sujet par l’expérimentation du couple besoin-satisfaction du besoin.
Trace mnésique d’une réalité complexe, cet outil est facile à utiliser. Il se comporte objectivement comme une simplification utilisable du reflet de cette réalité complexe. L’apparition à la conscience de cette trace mnésique se fait sous la forme d’idée.