De la langue et de son utilisation pour formater les consciences
Une des particularités du langage, au-delà mais en liaison étroite avec son essence d’outil de la pensée et de moyen de communiquer avec les autres et avec soi-même, c’est de pouvoir être utilisé
dans le formatage des esprits.
L’information, c’est-à-dire la mise en forme des consciences, passe par les moyens de communication, actuellement
dénommés médias. Leur rôle est double : d’une part détourner l’attention de l’essentiel, d’autre part imposer une vision des choses qui soit en adéquation avec les intérêts des classes
dominantes de la société.
En effet, dans une société comme la nôtre, certains bénéficient de la propriété des moyens de production, c’est une minorité, les autres doivent vendre leur force de travail aux premiers et
reçoivent en échange un salaire. C’est le principe du capitalisme. Au cours du processus de travail, les salariés créent de la plus-value qui s’ajoute à la valeur des matières premières sur
lesquelles s’exerce leur activité. Cette plus-value appartient à celui qui détient les moyens de production. Le salaire est pour le salarié une rétribution qui lui permet d’assurer sa survie et
celle de sa famille, c’est-à-dire sa capacité à revenir le lendemain avec une force de travail renouvelée, chaque jour pour lui, et à chaque génération pour sa descendance.
La différence entre la valeur créée et le salaire versé est la plus-value qui alimente le capital. C’est-à-dire que sur une journée de travail, de 8 heures par exemple, seules 2 ou 3 heures sont
rémunérées à la valeur de leur production, les autres sont gratuites pour le patron et participent à l’accumulation capitaliste.
Le rôle des médias sera donc d’éviter à tout prix que les salariés prennent conscience du fait que seule une partie de la valeur créée leur est restituée sous forme de salaire et que
le différentiel entre les deux est un espace où ils peuvent revendiquer des améliorations.
Et, bien entendu, que cette plus-value confisquée pourrait être socialisée dans un système où la propriété des moyens de production serait elle aussi sociale et collective.
Le langage joue ici un rôle particulièrement important. En effet, il faut à tout prix éviter que soient évidentes
les manipulations, les dissimulations de la vérité, voire les contrevérités indispensables à la fonction des médias.
Et un des moyens utilisés pour atteindre ce but est le changement d’un certain nombre de mots dont l’importance est grande pour désigner les situations résultant de l’exploitation.
Il ne s’agit pas alors des glissements sémantiques inhérents à l’histoire d’une langue en rapport avec l’histoire du peuple qui l’utilise, glissements « naturels » comme expression de
ces processus historiques.
On se souvient qu’un mot dans le langage a une signification, résultat de l’évolution historique de la société où il
est utilisé comme moyen de communication. Cette signification est la même pour tous les membres de la société. La signification est enseignée par les savants ou sages qui servent de référence en
cas de litige. Dans les sociétés où l’écriture a pris sa place dans la transmission du langage, les dictionnaires fixent cette signification.
Dans les processus mentaux de conscientisation, la signification est inconsciente, elle n’affleure pas à la conscience, seul le sens a cette propriété. Or le sens est changeant en fonction des individus, des situations, des expériences accumulées.
Dans un moment et dans un lieu, pour un individu donné, la signification est le résultat de l’enseignement reçu, de la transmission culturelle par le langage, que celui-ci soit un langage sonore articulé, un langage des signes ou un langage écrit. Elle peut être totalement artificielle, voire
manquer totalement chez des personnes ayant vécu dans un environnement culturel raréfié.
Ce qui est sûr c’est que cette signification est évolutive dans le temps, produit de l’évolution historique.
Exemple : prenons le mot information.
Au sens étymologique, l'information est ce qui donne une forme à l'esprit. Elle vient du verbe
latin informare, qui signifie "donner forme à" ou "se former une idée de". Elle s’est imposée progressivement comme une mise à disposition d’éléments de connaissance d’un phénomène, destinés à permettre sa conscientisation. Elle est alors
affublée d’une kyrielle d’adjectifs indispensables pour faire sens : objective, asymétrique… et souvent mise au pluriel, pour en désigner l’émission médiatique.
Le sens est par définition changeant. Il est fonction de l’état éducatif de l’individu qui cumule un savoir, issu de l’enseignement, et des
connaissances issues de l’expérimentation au jour le jour des situations vécues. S’y ajoutent les conditions de la perception sensible des éléments de la réalité.
La novlangue (Newspeak en
anglais) est la langue officielle d’Océania, inventée
par George Orwell pour son roman « 1984 »
(publié en 1949) ; c’est une « simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées subversives et à éviter toute formulation de
critique (et même la seule « idée » de critique) de l'État».
Ce concept illustre également un propos de Bertrand Russell assurant que nul problème ne pourra être résolu, voire perçu, si l'on prend soin d'éliminer au départ toute possibilité de le
poser.
Cette « invention » littéraire a trouvé sa réalisation dans les méthodes d’information actuelles par le changement de signification d’une série de mots pour désigner certains phénomènes.
Exemples : Le mot « emploi » remplace
« poste de travail » et « créer des emplois » devient le fin du fin de l’action sociale d’une activité économique. Le travail
disparaît du vocable et le poste, trop lié à l’individu qui l’occupe et lui donne vie est ainsi évacué.
L’entreprise devient « créatrice d’emplois » et non pas lieu d’exploitation ; la préservation des emplois est l’argument définitif pour
justifier toutes les atteintes aux acquis sociaux des luttes ouvrières : baisse des salaires, des avantages sociaux … et de tous les renforcements du taux de la plus-value : la
« diminution des charges sociales des entreprises », qui va dans le même sens, n’est rien d’autre que l’amputation, le détournement de la partie du salaire socialisée.
Le chômeur est un « demandeur d’emploi ». Il a été « remercié » dans le cadre d’un
« plan social ». La partie du salaire socialisée pour l’assurance-chômage alimente l’ « agence pour l’emploi » et
récemment le « pôle emploi ».
Il n’y a plus d’ouvriers. La femme de ménage est « technicienne de surface », la caissière est une « hôtesse de
caisse », l’employé de commerce un « conseiller ».
Avoir un « emploi » est un privilège et celui dont le statut est protégé par la loi (le
fonctionnaire), le mettant ainsi à l’abri de l’arbitraire patronal, est un privilégié.
Le chef du personnel est « directeur des ressources humaines », le patron est « chef d’entreprise » et quand il licencie massivement du personnel pour augmenter la productivité dans son entreprise, voire pour la liquider ici pour l’installer ailleurs (délocalisation) il
s’agit d’un « plan social ». Il augmente ainsi la « compétitivité » de l’entreprise et ceux qui s’y opposent mettent en péril
« l’emploi ».
Dans cette langue, « la lutte des classes est un concept dépassé », le marxisme est une théorie dépassée elle aussi, le communisme est un
« totalitarisme » à mettre sur le même plan que tous les totalitarismes, nazisme inclus.
Sur le plan international, les USA n’interviennent plus jamais nulle part dans le monde, il s’agit toujours de « La Coalition » exprimant
militairement la volonté de « La Communauté Internationale », toujours dirigée vers la « protection des populations
civiles » menacées par des « régimes » qu’il faut remplacer.
Un « régime » est donc un système politique qui déplaît à la « communauté internationale » parfois aussi qualifiée d’
« occident », à savoir aux états capitalistes dominants, USA en tête. Ce mot désigne donc préférentiellement les socialismes, cubain, nord-coréen, chinois ou autres, par extension tous ceux, aussi démocratiques soient-ils
qui contestent cette dominance : Iran, Nations sud-américaines, pays arabes, sauf évidemment les dictatures pseudo-démocratiques, ou carrément monarchiques, émirats et royautés du pétrole,
inféodées à l’ « Occident ».
Les clochards sans toit sont des « sans domicile fixe » et les gitans des « gens du voyage » tandis que les travailleurs itinérants deviennent des « forains ». Les petits délinquants sont des
« jeunes » qui habitent les « quartiers », les français noirs, métis ou
maghrébins, même nés en France depuis plusieurs générations sont « issus de l’immigration » tandis que d’autres, issus d’Europe
principalement, sont « d’origine étrangère ».
Multiplier les exemples n’apporterait rien à la réflexion.
Mais de plus la novlangue se pare de mots intrus, étrangers à la langue d’origine (pour nous française), pour
illustrer les concepts sur lesquels on veut agir par le biais de l’information. Ils constituent, par leur étrangeté, d’excellents supports pour exprimer en raccourci certains jugements de valeur
indispensables à faire entériner par l’auditeur.
En provenance du Russe la « nomenklatura » désigne une néo-classe dominante dans le contexte du socialisme ou d’un
« régime » quel qu’il soit ; utilisée en dehors de ce contexte, elle désignera un groupe de dominants, avec en toile de fond non exprimée
l’idée de « communiste, totalitaire,…).
Idem pour « troïka » désignant un triumvirat, « politburo » désignant un organe
collectif de direction, ou « oligarque » un ancien fonctionnaire (de l’URSS) qui s’est approprié un pan entier de l’économie
socialiste…
La « junte » désigne un gouvernement, le plus souvent militaire, qui gouverne autoritairement, constituant ainsi un
régime.
Mais la plus importante intrusion vient de l’anglo-américain.
Dans le langage devenu courant, le mot staff désigne le collectif dirigeant, le week-end est la fin de
semaine, le lock-out la mise à pied, le K.O. la mise hors de combat et O.K.
l’acquiescement, souvent d’ailleurs agrémenté de « d’accord » qui se suffirait à lui-même. On va faire pipi aux WC, (alors que les anglo-saxons font
cela aux « toilets »), on se réunit au living-room, on déjeune d’un
sandwich (qui peut être un hot-dog) au snack-bar, on prend
un drink au drugstore. Un équipe sportive est un team dirigée par un coach, administrée par un manager et ainsi de suite : les
employés de banque qui spéculent en bourse sont des traders, les parties à un conflit ou à une négociation passent un
deal, tandis que les vendeurs de drogue à la sauvette sont des dealers et que leurs clients meurent
d’overdose. Les jolies filles ont du sex-appeal, ce sont alors des pin-up, les gens qui ont la peau noire sont des blacks, et les camionnettes des pick-up…
A un niveau culturel plus élevé, quand des gens se réunissent pour réfléchir il s’agit d’un brain-storming, un groupe de réflexion est un think
tank, et quand un homme politique s’énerve il fait un nervous breakdown… On nous impose une fête
d’Halloween. Et quand on fête un anniversaire on ne sait plus chanter que « happy birthsday to you ».
Cette intrusion est d’autant plus sournoise (et donc efficace) que plus de la moitié des mots courants de la langue anglaise viennent du français et
pour la langue scientifique du latin.
Ces mots sont qualifiés par les enseignants de la langue anglaise de « faux-amis » car malgré leur proximité orthographique, leur signification dans la langue de Shakespeare (et
aujourd’hui de Big Brother) est différente de celle qu’elle a en français. Nombre d’entre eux nous sont revenus au fil des siècles et ont repris place en français sous un autre aspect et avec un
autre sens : le carré a donné le square qui nous est revenu pour désigner un jardin
public.
Plus récemment le mot gai ou gayest parti outre-atlantique et revenu pour désigner les personnes aux
préférences homosexuelles.
Ils sont d’autant plus faux et d’autant moins amis quand ils viennent pour imposer un concept nouveau et que leur proximité linguistique les fait traduire par une transcription. En
médecine, on a ridiculement traduit « evidence-based medicine » qui signifie littéralement
médecine basée sur la preuve, par médecine basée sur l’évidence, ce qui ne veut rien dire du tout. En
effet, en français, l’évidence et la preuve scientifique seraient plutôt contradictoires dans leurs effets sur le raisonnement, et dire l’un pour l’autre n’a pas de sens. Le seul sens que l’on
peut donner à cette absurdité sémantique, c’est que l’on se réfère ainsi à la mère-patrie de la science (dire alors « sayence ») que l’on
révère : les USA, et par extension que l’on s’inféode à son système économique et politique, et à son idéologie.
Or aux USA, l’idéologie dominante est, comme ailleurs, conditionnée par l’organisation politique et économique ainsi
que par l’histoire.
Depuis qu’ils existent les USA n’ont quasiment jamais cessé de faire la guerre pour étendre leur territoire, pour maintenir leur zone d’influence afin d’exploiter au mieux les ressources des
états vassalisés et néo-colonisés.
Pendant une assez longue période au XXème siècle, ils ont été tenus en respect par l’URSS, une puissance socialiste qui leur contestait le leadership
(tiens, tiens… je t’y prends toi aussi !) mondial, soutenait les pays en voie de développement, les pays qui se libéraient de leur tutelle, menaçant objectivement de mettre leur système
économique et politique à bas.
Incapables de les empêcher de se développer et d’étendre leur influence par les moyens économiques classiques (blocus, non reconnaissance de la monnaie, refus de coopération…), inefficaces par
leurs intervention militaires directes (Viet-Nam, Angola…), ils développent la subversion en fomentant des coups d’ état voire des invasions militaires (Chili, Grenade, Cuba, mais là ça n’a
pas marché), des guerres civiles (Nicaragua, Salvador, Colombie), des assassinats individuels (Lumumba, Sankara, Mgr Romero) ou collectifs (Indonésie). Ils développent la 5éme colonne, terme
désignant dans un État ennemi les forces occultes qui se mettent en place avec comme objectif la trahison.
Mais ce qui identifie un ennemi est la référence aux Lumières dans l’organisation de la société, les Lumières qui ont conduit la Révolution Française.
Pour les USA en lutte pour préserver leur domination mondiale, le premier ennemi à abattre est idéologique : c’est l’idéologie des Lumières. C’est elle qui a conduit à remettre en question
les discriminations entre les hommes pour les ériger, ès qualité, en Citoyens Libres et Égaux en Droits et en Devoirs. C’est elle qui a conduit à proclamer la Déclaration des Droits de l’Homme.
Les premières sociétés à avoir été mises en accusation par les Lumières furent évidemment les sociétés inégalitaires, et au premier rang les sociétés esclavagistes basées sur une féroce
ségrégation.
L’idéologie étasunienne est basée depuis son origine sur la ségrégation raciale avec la supériorité de la race
blanche (wihte supremacy), conduisant à pérenniser l’esclavage, exercer un génocide sur les populations dites « indiennes ». Après
l’abolition de l’esclavage, il faudra un siècle pour abolir officiellement la ségrégation, le lynchage des nègres étant un spectacle édifiant comme un autre. Encore aujourd’hui, en fonction ou
pas de la couleur de la peau, on sera identifié aux USA comme afro-américain, hispano, juif ou autre. Les statistiques médicales concernant ces « groupes
raciaux » en témoignent à longueur de colonnes.
Or l’idéologie des Lumières qui inspire encore aujourd’hui la Constitution de la République Française interdit
formellement ces pratiques discriminatoires, y compris les statistiques les concernant. Et cette réalité est toujours actuelle, agissant dans les moindres recoins.
Tout récemment, en 2011, une application informatique américaine propose de savoir qui est juif. C’est-à-dire qu’elle met à disposition pour 0,79 €
une liste de noms qu’elle identifie comme juifs. Cette application est illégale en France, la mise à disposition auprès du public de cette liste, sa détention, sa constitution même est un délit.
Ces constatations et le fait de les souligner ici sont tout sauf anodins.
En effet, la lutte des USA contre les Lumières est une vraie guerre de fond. Plusieurs États des USA prônent encore
officiellement le créationnisme (l’idée qu’un dieu a créé Adam et Éve) et interdisent l’enseignement de la théorie Darwinienne de l’évolution. Lorsque l’occasion d’évoquer ces faits s’impose sans
que l’on puisse, dans les médias, chargés de l’information, éviter d’en parler, un consensus mou se manifeste autour du thème : certes il y a encore des retardés aux USA (synonyme : la
Grande Nation Démocratique) mais on y respecte la liberté d’opinion.
Et sur place des scientifiques, contaminés par la religion, qui ont quand même du mal à revendiquer cette ineptie, ont mis en place l’idéologie du « dessein
intelligent », créationnisme affublé d'un costume bon marché suivant le mot de Dawskin.
De fait, c’est un véritable cancer qui gangrène la société américaine. Toutes les découvertes aujourd’hui indiscutables de la science sont bafouées, les enfants sont éduqués dans une idéologie où
la religion est convoquée pour justifier le racisme et la ségrégation du fait de l’inégalité des « races », la noire étant bien entendu inférieure à la blanche, surtout si elle est
réduite aux WASP (blancs, anglo-saxon et protestants). La constitution de l’Alabama institue encore aujourd’hui la ségrégation raciale à l’école publique. Et cela malgré les actes de la Cour
Suprême qui condamnent cette ségrégation.
Et les actions extérieures des USA qui portent la guerre aux 4 coins du monde pour s’assurer des ressources énergétiques et des marchés, sont toujours présentées LÀ-BAS comme civilisatrices,
c’est-à-dire apportant à des peuples mineurs, de race inférieure, le secours des grands frères plus intelligents qu’eux. Et cela suffit pour faire passer la pilule à l’immense majorité des
états-uniens.
Quoi de surprenant dans un pays où le Président prête serment non pas sur la Constitution mais sur la Bible.
Les vecteurs de ces attaques souterraines contre les Lumières sont évidemment les intellectuels et les moyens d’information.
Les médias sont systématiquement mis sous la coupe des grands groupes industriels multinationaux principalement marchands d’armes : en France Lagardère, Bouygues, Bolloré, Dassault
contrôlent l’essentiel des médias, qu’ils soient écrits, parlés ou en image. Les radios et télévisions du service public sont elles aussi convoquées à l’uniformisation de l’information. Les
journaux radiodiffusés et télévisés proposent tous, en même temps, les mêmes informations. La novlangue y est systématiquement utilisée. La langue française y est systématiquement martyrisée. Par
exemple, c’est avec un ensemble touchant que les journalistes de l’audiovisuel se sont tous mis à ignorer les liaisons entre les mots, surtout dans les pluriels. Et l’on entend régulièrement
parler par exemple des « zètrumin » pour dire des êtres humains.
Les attaques contre la langue et la généralisation de la novlangue qui s’impose un peu plus chaque jour circonviennent peu à peu les consciences.
La croisade contre les Lumières
Le point de départ officiel de cette croisade contre les Lumières fut le Congrès pour la Liberté de la Culture. Fondé en 1950 et financé par la CIA, il était sensé lutter contre la colonisation
des intellectuels par l’idéologie communiste. Et de fait, si les expériences socialistes sont qualifiées de communistes du fait que le plus souvent ce sont des communistes qui les ont initiées,
ce n’est pas toujours le cas, mais elles reconnaissent TOUTES la Grande Révolution Française et ses principes émancipateurs comme leur origine commune.
Ce sont les Lumières qui ont permis aux peuples de se révolter contre toutes les formes d’oppression, avec la conscience que c’est de droit. Les modes d’analyse économiques et politiques qui ont
permis divers types d’organisation alternatives à la suite des révolutions ont TOUTES comme principes de base l’égalité, l’intégration, l’antiracisme et la
laïcité. Des révolutions européennes du XIXème siècle jusqu’à la Commune de Paris, la Révolution d’Octobre en Russie, mais
aussi les mouvements nationaux d’émancipation contre la colonisation dans le monde entier, les expériences aussi diverses que celles de la Chine, du VietNam, de Cuba, et maintenant des pays
d’Amérique du Sud, tous se revendiquent d’une façon ou d’une autre des Lumières.
La croisade contre cette idéologie pernicieuse est toujours à l’ordre du jour. Et sont qualifiés de « communistes » tous les révoltés, tous les exploités qui se rebiffent.
Après avoir suscité et exalté les « dissidents » dans toutes les nations qui tentaient de construire le socialisme, elle continue aujourd’hui
malgré l’effondrement du bloc des démocraties populaires de l’Est européen. On trouve toujours à exalter un « dissident » quelconque à qui l’on va attribuer un prix international
ad hoc, Sakharov, Nobel ou autre.
Et comme par hasard, après l’URSS disparue c’est en Chine, à Cuba, ou ailleurs dès qu’un peuple relève la tête, que ces individus inconnus émergent à la une des médias dans les pays de la Communauté Internationale. Et c’est au nom des « droidelomme » que ces campagnes sont entreprises.
Et si je l’écris ainsi c’est que ce concept ne fait que servir de prétexte à des attaques médiatiques, à une information des consciences en opposition
antagonique avec les Droits de l’Homme affirmés dans la Déclaration Universelle. Elle ne fait que couvrir le droit que s’arrogent les multinationales impérialistes d’étendre leur domination à
l’ensemble de la planète, en écrasant les résistances où qu’elles se manifestent. Les intellectuels, les minorités, les femmes, les homosexuels peuvent être persécutés dans leur pays tant que les
gouvernants ne remettent pas en cause la domination de multinationales et de l’empire étasunien. Les exemples sont légion et ne méritent pas plus ample démonstration.
La croisade médiatique est évidemment convoquée pour préparer les croisades
militaires, à coup d’images truquées, de mises en scène et de mensonges sur la base d’un entretien quotidien de l’opinion à
base d’anticommunisme, épouvantail qui dissimule aujourd’hui la guerre contre les Lumières. La plus célèbre et la première fut la mise en scène de Timisoara pour justifier l’intervention en
Roumanie et l’assassinat rapide de Ceausescu. Elles se sont ensuite succédé à un rythme accéléré en Yougoslavie (Srebrenica), en Irak (armes de destruction massive), en Afghanistan, au Venezuela
pour le putsch manqué contre Chavez, et ces derniers mois en Libye. La novlangue y est reine avec au premier plan les « droidelomme », la démocratie, les dirigeants qualifiés de
dictateurs même s’ils sont élus et réélus comme Chavez.
Contre l’idéologie des Lumières, la réponse politique est, à l’intérieur, dans le
communautarisme. Il s’agit de faire en sorte que les gens appartenant à des groupes différents, sur une base
« raciale », culturelle, religieuse, touchant au sexe ou aux préférences sexuelles etc. se referment sur eux-mêmes sous le prétexte de préserver leur identité.
Nous avons vu plus haut que c’est une réalité aux USA, même pour la science médicale. Nous voyons aujourd’hui en France que le communautarisme est le cheval de Troie du racisme, du
ségrégationnisme, de l’idéologie des inégalités contre la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Il induit une remise en cause permanente du caractère fondamentalement laïque des
institutions républicaines.
C’est dire que l’idéologie qui règle les fondements de la société étasunienne, fondamentalement inégalitaire, ségrégationniste, religieuse et raciste, systématiquement relayée chez nous
sans état d’âme par les médias, est point par point antagonique de celle qui régit la société française égalitaire, intégrationniste, laïque et antiraciste.
Ajoutons à ces considérations les éléments que nous apporte l’histoire sur la propre conception qu’ont d’eux-mêmes et des autres les anglo-saxons en général et les états-uniens en particulier.
En lançant la guerre froide en 1946, Churchill invente le « rideau de fer » qui sépare le « totalitarisme » d’un côté, et les champions de la liberté, et de la civilisation chrétienne, que sont « les peuples de langue anglaise » et le « monde de langue anglaise ».
Dans une correspondance avec Eisenhower, il écrit : « le monde de langue anglaise (English Speaking People) est synonyme de peuple blanc de langue anglaise (White english speaking
People). Son unité est absolument nécessaire pour liquider une fois pour toutes « les contrastes entre les races étroitement apparentées de l’Europe qui ont provoqué les deux guerres
mondiales ».
L’impérialisme états-unien est économique, politique, militaire. Et si l’on suit ses locuteurs la langue anglaise, particulièrement son avatar anglo-américain, en est donc le ciment
« racial ». Elle est le stigmate des êtres supérieurs que sont les WASP (Blancs anglo-saxons et protestants) à l’origine de cette idéologie. Elle apparaît à l’analyse comme le fer de
lance de cette culture raciste, ségrégationniste, inégalitaire à base religieuse. Elle est le moteur et le moyen de la croisade contre son antagonique des Lumières, dont le peuple
français est l’acteur, la nation française le creuset historique et la langue française le creuset culturel.
Ceci étant posé, il s’ensuit que tout ce qui vient des USA sur le plan culturel, sociétal, ou a fortiori idéologique, doit être examiné a priori avec la plus extrême circonspection. Contrairement
aux médias pour qui les maîtres à penser sont forcément outre-atlantique, les objets de l’information, (mise en forme), que nous sommes doivent accueillir cette information comme des sujets et la
remettre systématiquement en question.
En effet, rappelons-le, le but de cette information est essentiellement, et forcément, de détourner l’attention de l’essentiel en utilisant les
subterfuges les plus divers.
Parmi ceux-ci, nous laisserons de côté l’amplification des faits divers, les contrevérités et les mensonges sur l’actualité présente ou passée ainsi que les réinterprétations révisionnistes de
l’Histoire, pour focaliser notre attention sur l’exaltation des communautarismes et son avatar le plus récent, les « queers studies ».
Un exemple nous retiendra plus longtemps: les « gender studies » traduites ridiculement par « théorie du
genre ».
La dite « théorie du (ou des) genre(s).
Notons d’abord quelques définitions :
En Français, le genre c’est le sexe des mots. Il nous dit si un mot est masculin ou féminin. En aucun cas il ne peut s’adresser à des personnes.
C’est aussi une classe dans la nomenclature des êtres vivants. Ce peut être aussi une catégorie assez générale de choses ou de gens.
Regardons ce qu’en dit Internet sur plusieurs sites (on peut aussi évidemment regarder un des nombreux dictionnaires Larrousse, Littré, Quillet, Robert avec les mêmes résultats):
GENRE : nom masculin
Sens 1 : ensemble d’êtres ou de choses ayant des caractères communs
Synonyme : sorte . Anglais : type, kind
Sens 2 : subdivision de la famille (biologie)
Sens 3 : style, manière
Synonyme : attitude. Anglais : style
Sens 4 : catégories d’œuvres Ex le genre épique. Anglais : genre
GENRE : Nom masculin singulier
division qui se base sur un ou plusieurs caractères communs
sorte, manière
(grammaire) catégorie fondée sur la distinction naturelle ou conventionnelle des sexes
(histoire naturelle) subdivision de la famille
catégorie d'œuvres définies par le style, le ton, le sujet
(peinture) œuvres représentant des scènes populaires
Expressions
avoir bon genre : avoir une apparence distinguée
avoir mauvais genre : avoir une apparence peu distinguée
ce n'est pas son genre : cela ne lui ressemble pas, ce n'est pas son style
genre de vie : façon de vivre
Mais en Anglais, gender veut dire sexe et quand on veut parler du genre, c’est, suivant les
cas les mots type, kind, stylevoire le mot genre lui-même qui est utilisé.
Voici ce qu’en dit le dictionnaire Harraps :
gender n [+person] sexe m
- the differences between the genders
- Women are sometimes denied opportunities solely because of their gender.
[+word] genre m
- In Welsh the word for "moon" is of feminine gender.
modif
- gender differences : les différences entre les hommes et les femmes –
- gender relations : les relations entre les hommes et les femmes –
- gender equality : l'égalité des sexes
L’histoire de cette « théorie » commence avec le travail de
Robert Stoller qui, dans Sex and Gender. On the Development of Masculinity and Feminity avait montré les
problèmes que pose cette équivalence
Ann Oakley est la première chercheuse a utilisé le concept "gender" (72) en incluant une dimension sociale et culturelle au terme sexe. C’est
la seule qui est mère et grand-mère.
Rubin Gayle: est une des premières chercheuses à nommer le "sex/gender system" (75) qu'elle définit comme la représentation sociale du sexe
biologique.
A partir de là il faut bien reconnaître que tous les auteurs, hommes ou femmes qui illustrent cette théorie du genre sont des homosexuels.
Monique Wittig dont le parcours intellectuel apparaît tout à fait illustratif des thèses de French Theory. Elle est également considérée dès cette époque comme une figure marquante du féminisme français… Elle apparaît également comme une grande figure du mouvement lesbien en
France
Judith Butler est une philosophe américaine…pour qui le but à atteindre est défini par une volonté de déstabiliser « le
phallogocentrisme et l'hétérosexualité obligatoire.» Il s'agit aussi de repenser l'organisation sociale selon des modèles homosexuels ou transsexuels.
David Halperin dans Cent ans d’homosexualité veut montrer, entre autres, combien
« l'hétérosexualité exclusive et "compulsive" (…) apparaît désormais comme une production spécifique de l'Occident »
Pat Califia est un transsexuel, refusant cette dénomination pour celle de transgenre.
On trouvera dans l’article de Wikipedia consacré aux "Gender Studies" toute une bibliographie et une analyse du phénomène. Je m’y suis très largement référé dans ce qui précède.
A l’opposé, des féministes aussi engagées que l'anthropologue Françoise Héritier (les « chiennes de garde ») soutient que « la différence des sexes – à la fois anatomique,
physiologique et fonctionnelle – est à la base de la création de l’opposition fondamentale qui permet de penser »
Le combat pour la reconnaissance du genre par rapport au sexe prend naissance avec la revendication des minorités sexuelles : homosexuels et transexuels pour faire sortir leur identité
propre des archaïsmes de représentation dans les sociétés modernes des pays industrialisés. Ayant à titre personnel des appétences, des désirs et des
comportements sexuels qui transcendent leur sexe biologique, ils recourent à une sémantique et à une épistémologie dirigée pour intégrer ces appétences, désirs et comportements dans un panorama
général de la sexualité. Il s’ensuit par nécessité la remise en question du caractère biologique des comportements sexuels humains. Débordant le
cadre de cette revendication, oh combien légitime, de pouvoir vivre sa vie suivant ses appétences et désirs, ils s’ingénient à généraliser leur propre personnalité à une définition du genre
humain comme composé d’êtres à la sexualité mouvante, non définie par leur biologie, et susceptible à tout moment de changer et de comportement et d’objet.
Ils reprennent à leur compte le terme de queer. En anglo-américain « le queer c'est le travers, le tordu, le « pédé » qui
s'oppose au normé, à l'hétérosexualité. En s'appropriant les insultes qui leur sont adressées, les transgenres, les lesbiennes les plus radicales veulent obliger le discours social à remettre en
cause « l'essentialisme » de notre vision sur le sexuel et les catégories sexuelles. »
Ce qui est en cause c’est à l’évidence un combat de minorités pour faire reconnaître leur droit à la différence.
Ce qui en résulte, c’est une généralisation abusive d’un concept à l’origine conçu pour ce combat.
La question qui se pose est alors de savoir comment des minorités sexuelles, les homosexuels et les trans-sexuels, ont pu arriver à imposer leur vision des choses à un monde où l’hétérosexualité
gouverne très majoritairement les comportements sexuels, sur la base des lois de la biologie d’espèce qui impose la reproduction pour sa survie.
Le fait que nombre des personnes citées soient des universitaires renommé(e)s donne à leur parole un poids spécifique indiscutable. Mais cela n’explique pas que le système chargé de
l’« information » des consciences se soit emparé de leurs travaux pour les diffuser largement et ait érigé leur concept en alternative indispensable à la notion de sexe social,
dépendant, étroitement lié et conditionné par le sexe biologique, anatomique et fonctionnel.
Car la notion de sexe social, biologiquement déterminé, mais socialement stigmatisé, est une réalité bien définie dans les études sociologiques. Quand Simone De Beauvoir parle du Deuxième
sexe, ce n’est certes pas en comptant sur ses doigts. C’est de la réalité sociale de la ségrégation des sexes et de l’infériorisation systématique des femmes
qu’il s’agit.
Et quand Pascal Picq, anthropo-paléontologue, monte au créneau en affirmant que « le sexe n’est pas que construction », ce n’est pas pour faire un jeu de mots. Il constate d’abord, à propos de la confrontation théorie de l’évolution / créationnisme,
qui dans « sa forme plus léchée - le "dessein intelligent" - continue de faire son chemin,
trop de journaux et de magazines se complaisant dans l'exercice puéril du dénigrement des sciences. »
Après avoir noté que « le sexe biologique est fortement déterminé par les chromosomes », il ajoute
« En raison d'un antibiologisme radical, elles refusent cette réalité biologique qui fait que nous sommes dans le groupe des espèces les plus déterminées biologiquement pour le sexe.
C'est inepte d'un point de vue scientifique, stupide d'un point de vue philosophique et ouvert à toutes les idéologies. »
Plus loin, après avoir fait état de la réflexion menée contradictoirement par des spécialistes de l’anthropologie culturelle, il écrit : « Je
m'oppose à toutes ces théories qui détournent les « gender studies », avec pour seul argument imbécile d'affirmer qu'il n'y a pas de sexe biologique. »
et enfin, si toutes les positions idéologiques sont respectables « Ces considérations n'ont rien à faire en classe de sciences d'une école laïque et républicaine »
Car, dans les manuels scolaires traitant de Sciences de la Vie et de la Terre en France, en parallèle avec les connaissances scientifiques sur la sexualité, les comportements sexuels reproductifs
et les conditions de leur expression, nos politiques ont mis la dite « théorie des genres » comme alternative enseignée, donc de référence.
Cette intrusion dans l’univers de l’enseignement d’une théorie de cet ordre, sans présentation de son historique et de ses présupposés, et à l’âge où le développement de la sexualité personnelle
est encore marqué par l’ambivalence, a forcément un arrière-fonds qui n’a rien de neutre. Pourquoi pas demain, et puisque toute vérité vient des USA, ne pas mettre de la même manière en
concurrence dans les manuels scolaires, la théorie créationniste aux côtés de celle de l’évolution ?
Cette perspective n’est pas un mythe. Certains y pensent.
Et ceci est d’autant plus surprenant que ce sont les milieux les plus conservateurs de notre société qui sont montés au créneau les premiers contre cette banalisation d’une théorie non seulement
idéologique mais anti-scientifique, dans les manuels scolaires sensés apporter aux jeunes gens les bases des connaissance scientifiques admises au moment de leur publication. Au point que « le Conseil pontifical pour la famille a publié un livre intitulé Gender, la controverse rassemblant les analyses de 7
experts sur la théorie des genres ».
La seule justification de ce véritable complot idéologique est l’intégration de la théorie des genres dans la bataille des dominants du système capitaliste pour détourner l’attention des dominés
de l’essentiel : l’exploitation de l’homme par l’homme, qui se traduit entre autres avatars par l’exploitation de la femme plus que l’homme, y compris son corps sexuel dans le cadre de la
prostitution. Et dans ce cadre l’exploitation du corps sexuel des homosexuels et des transsexuels, traités alors, et de la même manière, comme des marchandises susceptibles d’alimenter l’économie
souterraine au même titre que la drogue ou les armes n’ont rien à envier au sort des femmes lorsqu’elles sont réduites à des objets de désir. La marchandisation du corps intervient comme toutes
les marchandisations : non pour satisfaire des besoins, mais pour faire du fric, dans le cadre d’une société où faire du fric est un credo et où avoir du fric est aristo ! Les 1% de la
population qui cumulent plus de la moitié des richesses ne peuvent le faire qu’en exploitant le travail des autres, en traitant leur force de travail comme une marchandise et en s’appropriant le
résultat de ce travail.
Tant que l’ouvrier homosexuel se considèrera comme membre d’une communauté dont l’adversaire potentiel voire réel est l’hétérosexuel du coin, le patron pourra dormir tranquille et continuer à
prélever sa plus-value sur le travail sans être dérangé par des revendications salariales. Il pourra même accéder aux revendications de ses employés « transgenre » pour leur faciliter
la vie. Et pour rendre cette communautarisation crédible, le système suscitera des abrutis, le plus souvent racistes et d’extrême droite, qui agresseront des personnes homosexuelles ou prétendues
telles, peut-être simplement des hommes à l’allure dite efféminée ou des femmes à l’allure plutôt masculine.
Et cela est vrai pour toutes les « catégories » inventées dans le même but : les indiens de Torquemada qui n’avaient pas d’âme et pouvaient
être exploités jusqu’à la mort, les nègres inférieurs victimes de la traite pour le plus grand profit
des armateurs, les esclaves antiques, les serfs moyen-âgeux, les ouvriers
au XIXéme siècle (« l’ouvrier est un zéro social et des zéros accumulés ne feront jamais une unité ». Balzac). Et aujourd’hui les nègres, les juifs,
les latinos, les homosexuels, les putes, les communistes, et parmi eux les staliniens… mais aussi les jeunes, les arabes, les immigrés, les « issus de l’immigration », les roms, les
SDF, les handicapés etc…
Ces « catégories », inventées pour les besoins de la cause, sont systématiquement associées à des campagnes de détournement de l’attention des « gens », toujours pour le plus grand profit des détenteurs du capital financier.
Or ce sont tous des êtres humains, des membres du genre humain, avec des caractéristiques physiques, des préférences
sexuelles, des origines ethniques, des engagements religieux ou philosophiques particuliers. Ces particularités en font des individus originaux, irréductibles à un groupe qu’il soit familial,
politique, religieux ou autre, et, sans discussion possible, respectables dans leur individualité et leur originalité. Elles ne justifient en aucun cas que ces particularités, identifiées à des
catégories artificielles, insèrent dans la société des regroupements vécus comme des communautés. Une communauté est un ensemble humain à caractère social, composé de personnes ayant en commun
suffisamment de caractéristiques sociales qui induisent une spécificité de comportement collectif : la plus emblématique est la communauté nationale. Les autres regroupements à caractère
social sont les classes, et à l’intérieur d’elles les couches sociales. Ces catégories artificielles font partie des regroupements anecdotiques.
La première Constitution de la République issue de la Révolution Française est assortie d’un Préambule. Et sous le chapeau : « Droits
inhérents à la nature humaine » elle déclare dans son article 1
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »
Toutes les constitutions républicaines françaises depuis l’origine ont repris ce préambule. Celle de 1946 a introduit la notion complémentaire de droits sociaux et en
particulier « la garantie pour la femme, dans tous les domaines, de droits égaux à ceux de l'homme ».
Celle de 1958 y fait référence.
Et lorsqu’en 2008 une tentative est faite de remettre en cause l’Égalité fondamentale au nom de la reconnaissance de la « diversité », le Comité ad hoc, présidé par Simone Weil, remet
son rapport le 17 décembre 2008. Selon ce rapport « Il apparaît au comité que la Constitution et la jurisprudence du Conseil constitutionnel laissent au législateur d'importants espaces
de liberté pour agir contre ce que l'on pourrait appeler la ségrégation réelle »; « il n'a jugé ni souhaitable ni utile de proposer
d'importants enrichissements du Préambule s'agissant des droits fondamentaux »
C’est dire à quel point l’esprit des Lumières qui inspirait les Constituants de 1789, continue à souffler sur les responsables, même bourgeois, même en ce temps de mondialisation. Et ce malgré
l’américanisation à marches forcées conduite par les équipes dirigeantes actuelles sous la direction de Sarkozy.
C’est dire à quel point l’antagonisme fondamental entre l’idéologie de l’Empire états-unien et celle de la Nation française exige de rester vigilant à l’approche des attaques trop évidentes dont
notre esprit républicain fait l’objet.
La dite « théorie du ou des genres » en fait partie.
Elle n’apporte rien à la question de l’exploitation de la femme, à la stigmatisation des personnes aux préférences sexuelles minoritaires. Au contraire elle les
« catégorise », les regroupe, les isole de l’ensemble social, les place en situation de compétition voire de contradiction avec d’autres personnes ayant objectivement les mêmes intérêts
sociaux mais des préférences anecdotiques différentes et ce au détriment de
leurs intérêts sociaux fondamentaux.
Alors, ce n’est certes pas mon genre de dénier à qui que ce soit le droit imprescriptible d’être ce qu’il est, ce qu’il veut ou ce qu’il croit être. Et moins qu’à tout autre à quelqu’un qui se
définit comme homo, bi ou trans, suivant ses préférences et ses goûts. Et la criminalisation de qui leur dénie ce droit me paraît aussi indiscutable que la liberté des individus de vivre
pleinement leur vie tant qu’ils ne portent pas atteinte à la liberté des autres.
Mais ne comptez pas sur moi pour accepter qu’une femme, un homo, un bi ou un trans, fasse passer ses intérêts économiques de personne exploitée après ce qu’il perçoit ou qu’on lui fait percevoir
comme ses « intérêts » liés au groupe auquel on lui persuade qu’il appartient.
Et pour accepter de dire genre quand il s’agit de sexe, car alors que devient le genre humain ?